De la persistance rétinienne en matière de mandats politiques

Encore une fois c’est à la suite d’un post de Koz que je post ici.

Aujourd’hui le thème de son post est la limitation du nombre des mandats successifs. Débat fort intéressant auquel il est convenu de rattacher celui du cumul des mandats tant il est aussi d’actualité.

Petit point juridique, un député/sénateur ne peut pas cumuler plus d’un mandat local avec son mandat national, pas plus qu’il ne peut le cumuler avec un mandat au parlement européen. Pour plus de précisions sur ces règles je vous renvoies à la note du ministère de l’intérieur sur ce sujet.

koz est donc d’avis:

1) Que les mandats successifs au niveau présidentiel ne sont pas incohérents, vu qu’aucun président n’a jamais fait plus de deux mandatures (remarque juste quand à l’age d’accession au poste)

2) Qu’il n’est pas impossible à un jeune de se faire élire si l’envie lui prend

3) Qu’en matière de clientélisme, comme de la jeunesse, cela n’attend pas le nombre des années

4) Que finalement, le plus compliqué c’est peut être de sauter le pas, abandonner son job pour sauter dans le grand bain.

Ce qui m’amène à donner mon avis, j’adore ça, même quand c’est pour dire des conneries, à chacun son truc.

Tout d’abord je suis d’avis que l’interdiction des mandats successifs n’est pas la solution. Il se trouvera toujours des situations dans lesquelles cette interdiction aboutira à ne pas pouvoir trouver de maire. Car si prendre la tête d’une collectivité de 15.000 habitants peut se révéler intéressant, passionnant, prenant et un petit peu rémunérateur, la même chose dans une bourgade de 2.000, n’a pas forcement la même saveur.

Vous allez monter sur vos poneys et crier fort votre attachement aux valeurs rurales, j’en prends bonne note mais pose la question suivante: « A votre avis, une section PS ou UMP trouvera t-elle suffisament de personnel politique pour renouveler des postes en milieu rural alors que 1) leur personnel est tres réduit 2) le monde rural n’est pas forcement folston paradise pour les plus jeunes 3) trouver 23 conseillers ce n’est pas toujours possible 4) Même apolitiques les listes ne poussent pas comme les réductions de charges sous un gouvernement libéral « ?

Car si la persistance au pouvoir est une pratique bien ancrée, c’est aussi en raison de la difficulté de trouver des gens capables et souhaitant s’impliquer.. Combien de listes uniques dans les petites collectivités? combien de listes incomplètes, finies avec des volontaires qui ne seront jamais présents?

A toutes fins utiles je rappelle que le panacher des listes, ôter ou rajouter des noms sont des opérations de vote autorisées dans les communes de moins de 3.500 habitants…ce n’est pas pour rien.

Je travaille dans une commune de 26.000 habitants, et la tâche du maire ne pourrait être supportée que par lui ou deux de ses adjoints (et encore…dont l’un est prof), ce qui illustre la difficulté de trouver du personnel « politique » non professionnel.

Deuxième réflexion, sur un commentaire de Dang, la professionnalisation de la vie politique. Oui la politique est un métier, pas un poste que l’on se voit attribuer. Doit-on déplorer qu’une personne se dédie entièrement à une activité si elle présente quelques compétence dans l’exercice de celle-ci?

On se fait parfois une fausse idée du travail politique, jugeant à tort ou à raison que tout un chacun pourrait occuper les postes d’élus.. A mon avis il n’en est rien, l’exercice d’un mandat dans une commune de plus de 10.000 habitants est un emploi à temps plein si l’on veut s’y consacrer pleinement et acquérir des compétences qui permettront ensuite de « mener » la barque le plus consciemment possible.

Avoir des compétences/connaissances en droit, en gestion, en fiscalité locale, en urbanisme, en développement économique, en culture etc n’est pas une mince affaire..Vous pourrez toujours me dire que les agents administratifs sont là pour pallier aux « insuffisances », mais là encore ce serait une erreur de le croire.

Pour tous ceux qui ont déjà joué à sim’s city, la vérité n’est pas loin. Dans une collectivité, les responsables ayant une vision transversale sont peu nombreux, les élus doivent alors jouer leur rôle pleinement, de façon éclairée (pas de consentement si celui-ci n’est pas éclairé dirait un juriste civiliste)..

La professionnalisation de la politique est un mal nécessaire dans la mesure où elle permet l’expression de véritables compétences de gestion locale.

Il reste à donner les moyens financiers à ceux qui veulent exercer des mandats de le faire, de franchir le pas. Et l’on dira ce que l’on voudra mais exercer une fonction de maire c’est pendant 6 ans diriger une équipe, gérer un budget parfois conséquent, organiser et planifier un développement, nouer des alliances, développer une politique culturelle…Autant d’atouts à mettre en avant lorsqu’il faudra réintégrer la vie professionnelle.

Et pourquoi pas mettre en place un dispositif qui ressemble pour une fois à celui de la fonction publique? L’obligation pour une entreprise de proposer à son ancien salarié l’un des trois premiers postes correspondant à ses compétences à pourvoir dans l’entreprise?
Mais comme certains pourront objecter, rien n’empêche de renouveler les tâches de ceux qui ont choisi de devenir des politiciens à plein temps. J’y suis fortement favorable, et je souhaite que l’on puise trouver une solution à ça.

Troisième réflexion, sur le clientélisme…Sujet douloureux pour un juriste naviguant dans les eaux maronnasses des marchés publics.

Il s’installe, sans doute possible. Mais rien ne me prouve actuellement que la persistance ou la durée le facilite, le développe.

Il en va de la politique comme de la vie, certains ont des principes qu’ils assument, d’autres sont un peu moins vertueux..la différence ne réside pas dans la fonction mais dans l’homme, même si je n’ai pas la naiveté de croire que le poste ne favorise pas la tentation.

En ce qui concerne le cumul de mandat, je suis par contre beaucoup plus réticent dès lors que le mandat local concerne une ville de plus de 3.500 habitants. Le seuil pourrait être relevé mais je crois personnellement que la possibilité de cumuler 1 mandat national (ou régional) et un mandat local dans une ville de plus de 5.000 habitants provoquerait une dispersion préjudiciable en matière d’implication.

Encore une fois, la professionnalisation de la politique ne doit pas faire peur, dès lors qu’elle est encadrée.

En 1981, la classe politique de l’après guerre avait peu à peu laissée place à une nouevlle génération, ce sera aussi me semble t-il le cas en 2007…Une génération passe, il est temps que le personnel politique se renouvèle mais la compétence n’étant pas une potion que l’on absorbe à sa prise de fonction, il faut laisser le temps au temps et faire en sorte que ceux qui choisissent de travailler pour leurs concitoyens puisent le faire sur une période adéquate, optimale et pour tout dire suffisante…

Une ville, un département ou une région , ça ressemble plus à un paquebot qu’à un kart, la modification de cap, d’allure ou de destination prend du temps…

De l'irresponsable procrastination politique

Procrastination: n.f. (du latin pro- et crastinus, du lendemain)
Litt. Tendance à tout remettre au lendemain, à ajourner, à temporiser.

Vous aurez déjà lu ce mot si vous êtes de fidèles lecteur de jules sur dinersroom, c’est un terme qu’il utilise avec toute l’érudition qui le caractérise.

La notion de « temps politique » est connue de tous ceux qui s’interessent de près ou de loin à la politique. S’il fallait décrire celle-ci, je dirai qu’il s’agit d’une sorte de singularité au sens scientifique du terme. Un point dont la densité extrème courbe l’espace temps.

On parle en effet de microcosme politique, et donc de temps politique.

Le temps politique passe lentement, très lentement et en général trop lentement (je ne suis pas sûr qu’un élu vous dirai la même chose, la réelection arrive vite !!).

Dernier exemple en date, d’actualité brûlante si j’osai ce vilain jeu de mot, les banlieues et la flambée des violences. A la suite de celles de 2005, notre merveilleux prmeier ministre, le flamboyant Dominique de Villepin (OK j’arrête là les références au feu ça devient voyant), harnaché dans son seyant costume de pompier en cuir vielli, mesurait combien la fin de la police de proximité, dont la police elle même demande le rétablissement , avait contribué à mettre le feu…

Si l’on ajoute à cela les manques criant et durables de moyens accordés aux éducteurs, animateurs et structures associatives dans les quartiers où se concentrent les moins bien intégrés de nos concitoyens, l’on devine aisement que la poudrière ne demandait qu’a se rallumer (je ne dis pas allumer parceque quand même depuis 1983 et les bouffées de chaleur des Minguettes , c’est assez régulièrement que les feux folets banlieusards se rappellent aux bons souvenirs de nos chers édiles).

Et notre red Ader poète de prononcer le traditionnel bien que désormais tacite « je vous ai compris » (avec la même pertinence!)
100 millions d’euros pour les banlieues, pas un cent de moins!! On imagine sans peine la joie démeusurée qu’a provoqué cette annonce, des hordes de jeunes troquant leur pierres pour des fleurs, communiant avec les forces de l’ordre elles même emportées dans un tourbillon d’allégresse, se servant des matraques comme tuteurs pour les pousses naissantes d’Olivier..Le bonheur.

Oui mais voilà , dans une tradition désormais bien ancrée, les crédits n’ont que très parcimonieusement atteints ces havres de paix, ces barres si propices à tisser le lien social.

Aparté, je vous conseille de lire l’excellent essai d’Eric Maurin publié au seuil dans la collection « République des idées ».

C’était sans compter sur le temps politique, celui dont je vous ai dit qu’il distordait le temps réel..Bref 1 an après, même galère, même manquent de moyens, même affligeante réponse policière là où un peu d’humanité serait le bien venu.

Pas d’angélisme de ma part, les troubles sont le fait d’une minorité qu’il est déjà probablement trop tard pour ramener sur le droit chemin (quoique).

Mais j’ai la naiveté de croire qu’il serait loisible aux habitants de ces quartiers de ne pas laisser se produire ces évènements si cela n’était pas un moyen implicte de nous crier leur désespoir.

Sans vous révèler l’intégralité de ma vie privée, sachez que celle que j’appelle chérie est assistante sociale à saint Denis, chouette banlieue pavillionnaire de l’IDF. Lorsque dans leur grande mansuétude les juges pour enfants du tribunal de Bobigny prononcent une mesure d’AEMO (aide éducative en milieu ouvert), destinée à prévenir les « déraillements », en retissant le lien familial, social et éducatif (c’est une partie seulement du travail, je simplifie à l’excès), il faut parfois 11 MOIS pour qu’un travailleur social puisse s’en occuper, la liste d’attente est longue comme un TGV, la vitesse en moins.

Dès lors comment ne pas fustiger les effets d’annonce, les projets qui fleurissent comme les fleurs au printemps?

Promettre pour promettre, promettre pour s’assurer ou tenter de s’assurer que les prochains « évenements » n’interviendrons pas avant les échéances électorales, promettre pour donner l’espoir que tout ira mieux après…

Après quoi? Après quand?

Une maxime populaire dit « quand on a rien, on a rien à perdre ». En refusant de donner à ceux qui tentent chaque jour de faire vivre les liens dans des commaunautés déjà montrées du doigt et stigmatisées, on donne l’opportunité à une minorité de « légitimer » des actions violentes, inopportunes et pour tout dire pitoyables.

Hier soir dans le train qui me ramène de ma banlieue verdoyante vers les quartiers extérieurs de Paris il y avait un jeune black, qui comme bien souvent utilisait son portable comme un ghetto blaster, faisant partager à tout le wagon ses goûts musicaux pour le moins éructifs.

Quel rapport?

Pourquoi se donnerait-il la peine de respecter les autres puisque l’image que ces autres ont de lui c’est justement celle d’un glandeur irresponsable, un flambeur de voiture?

Les clichés ont la peau plus dure que les bonnes volontés, et lorsqu’il faudra faire le compte, tant que ceux qui ont encore envie n’auront pas les moyens d’apaiser de façon constructive les fièvres de leur concitoyens, le compte ne sera jamais bon…

Pour personne..

Et toujours les mêmes deux lettres sur un bulletin de vote…c’est vrai quoi les jeunes black pauvres ça fait du bruit, ça ne respecte rien, faut faire quelquechose !!!

Parfois j’ai honte…

Ce que je vais faire c’est que je vais remettre ma honte à demain, ça me laissera le temps de passer une bonne soirée.

Et tout s'éclaire

Pourquoi Nicolas est-il si méchant? Mais parceque co-existent en lui deux personnes, le républicain bon ton , social libéral tendance « j’aime les pauvres aussi » et le démoniaque double-face, libéral tendance matraque qui mange du salarié au petit déjeuner et squatte les logements sociaux de Neuilly…

Si cela pouvait être aussi simple…

sarko double face

Léon Blum et moi

 » De quoi est né le socialisme ? De la révolte de tous ces sentiments blessés par la vie, méconnus par la société. Le socialisme est né de la conscience de l’égalité humaine, alors que la société où nous vivons est toute entière fondée sur le privilège. Il est né de la compassion et de la colère que suscitent en tout cœur honnête ces spectacles intolérables : la misère, le chômage, le froid, la faim, alors que la terre, comme l’a dit un poète, produit assez de pain pour nourrir tous les enfants des hommes, alors que la subsistance et le bien être de chaque créature vivante devraient être assurés par son travail, alors que la vie de chaque homme devrait être garantie par tous les autres. Il est né du contraste à la fois scandaleux et désolant, entre le faste des uns et le dénuement des autres, entre le labeur accablant et la paresse insolente. Il n’est pas, comme on l’a dit tant de fois, le produit de l’envie qui est le plus bas des mobiles humains, mais de la justice et de la pitié qui sont les plus nobles . Je n’entends pas soutenir, vous le comprenez bien, que tous les sentiments généreux et désintéressés de l’âme humaine ne se sont manifestés dans le monde qu’avec les doctrines socialistes. Ils sont plus anciens s’ils ne sont pas éternels. L’instinct de justice, de solidarité, de moralité humaine qui trouve aujourd’hui son expression dans le socialisme a, tout le long de l’histoire, revêtu d’autres formes et porté d’autres noms. C’est cet instinct qui a fait la force des religions modernes, puisque toutes, à leur naissance, dans leur première phase de prosélytisme populaire, se sont tour à tour adressées à lui. Un encyclopédiste du XVIIIe siècle, un jacobin de la Convention, un démocrate de 1830 étaient probablement mus par les mêmes sentiments qui font aujourd’hui le ressort et la force vive de notre action. Mais – là est le point essentiel – la foi socialiste est la seule de cet instinct universel qui réponde exactement aux conditions actuelles de la vie sociale, de la vie économique. Toutes les autres ont été dépassées par le cours des temps. Toutes les autres sont discordantes et retardataires. Que ceux qui s’y obstinaient de bonne foi le comprennent et viennent à nous. Le socialisme est donc une morale et presque une religion, autant qu’une doctrine. Il est, je le répète, l’application exacte à l’état présent de la société de ces sentiments généraux et universels sur lesquels les morales et les religions se sont successivement fondées. »

Suite au coming out d’aymeric sur le cinquieme , relayé par Versac (il fait que ça toute la journée le garçon c’est pas possible), j’en profite pour publier ce texte qui vous pourrez le constater est tres contemporain.

Il l’est malgré son âge (87ans)…

C’est Léon Blum qui l’a écrit, pour son fils et à l’attention des jeunes hommes et femmes qui pourraient s’interroger sur le socialisme.

Aujour’hui remis en cause dans son application traditionnelle, faite d’une présence étatique forte, d’une solidarité basée sur l’égalité, d’une conception collective de la société, le socialisme se voit affublé de nombreux adjectifs qualificatifs, comme autant de masques censés marquer son adaptation au temps.

Rien dans ce texte ne porte la marque d’une méthode, mais tout y transpire l’humanité, la solidarité et la vocation à aider son prochain.

Dans une société que l’on veut nous vendre de plus en plus libérale au sens premier du terme, où prime l’individu, je tenais à faire partager (oh je sais bien que vous n’êtes pas nombreux à trainer ici) ce qui aujourd’hui m’éclaire sur mon engagement.

Parceque l’homme est un animal politique, soucieux de faire société, alors malgré ses qualificatifs et les onctions méthodologiques qui lui sont appliqués, je crois que le socialisme n’est pas près de mourrir..

En tout cas je ferai tout ce que je peux pour ça…

Edit: A force de lire 50 choses en meme temps me voilà pris en flagrant délit de confusion entre ces deux grands hommes que sot Jaurès et Blum…mea culpa, mea maxima culpa

Carambolage d'actu

Actu qui se carambole

Deux blogueurs qui postent en meme temps sur le meme sujet, ça valait bien un petit dessin pour ouvrir la partie dessinée du blog..

Les articles c’est chez Versac et Radical Chic