Fabrique de de(ux)main(s), projet citoyen?

La Ville de Saint-Ouen l’Aumône, par l’intermédiaire de sa municipalité à laquelle j’appartiens, envisage la création d’une maison de l’environnement, promesse électorale. Et malgré ce que l’on peut penser des promesses électorales, il n’est peut être pas inutile de se pencher sur ce que pourrait être une maison de l’environnement, et disons le déjà, tenter d’élargir le programme au nom de la cohérence de la démarche.

Qu’est-ce donc qu’une maison de l’environnement? Basiquement une structure au sein de laquelle une entité publique ou privée promeut par ses animations, ses installations et ses formations, l’environnement, c’est à dire la connaissance, la promotion et la préservation du milieu naturel dans lequel nous évoluons.

Imaginons maintenant que nous passions du concept d’environnement à celui de développement durable, très à la mode mais qui a le mérite d’inclure dans la réflexion les thèmes de l’économie et du social, non pas dans une acception isolée mais en complément de la prise en compte de l’environnement. Pour synthétiser ce qu’est le développement durable, notamment au coeur des démarches d’agenda 21, une image ((merci à Metz Métropole pour l’illustration)) vaut mieux que 1000 mots.

Schéma de développement durableNous voilà donc dans une réflexion qui dépasse le cadre environnemental pour le réfléchir dans une logique d’éco-système, plus cohérente puisque qu’elle tient compte d’autres facteurs de contextes pour livrer une conception « intégrée » de la notion d’environnement.

Quelles répercussion cela peut-il bien avoir sur le « projet » ? Tout d’abord précisons la localisation et la matière première de celui-ci : Une bâtisse de 400m² située quai de l’écluse, au 45, dans un bien piètre état, sise sur un terrain d’assise de 2500m² et accompagnée dans sa partie latérale par une « longère » d’environ 600 m² (300 sur chaque étage).

Dans un premier temps nous pourrions (et c’est le contenu d’une proposition du groupe vert du projet actuel) envisager les fonctionnalités suivantes:

  • Un espace adaptable pour les expositions débats et conférences
  • Un ou plusieurs espaces dédiés à des associations locales, départementales et nationales
  • Une salle atelier scientifique à vocation pédagogique, avec des équipements modulables en lien avec les technologies multimédia
  • Une salle de stockage matériel et archives
  • Un bureau pour le gestionnaire du site.
  • Création d’un jardin et potager pédagogique et biologique dont la production est valorisée et en lien avec la conserverie voisine.

  • Installation de ruches et production de miel par une association ou un apiculteur local,

  • et/ou création d’un mini-jardin « remarquable » géré par les jardiniers de la commune et mettant en valeur leur savoir-faire.

Une telle structure ne vit en effet que par la grâce et l’implication d’associations et les aider relève du devoir de la municipalité, dans son financement mais aussi dans sa logistique.

Si l’on dépasse pourtant le seul aspect environnemental pour nous engager dans une démarche plus large, voilà ce que je rajouterais volontiers à ce programme.

Un lieu commun de bricolage ?

La structure urbaine de SOA, mixte entre pavillonnaire et grands ensembles, laisse peu de place au bricolage pour les habitants des collectifs. C’est pourtant l’une des activité favorite des français si l’on considère le chiffre d’affaire annuel généré par cette branche d’activité ((Entre 20 et 25 milliards par an selon les sources)), et la floraison des magasines ((Dont le cultissime Maison & Travaux)) qui garnissent les rayons des libraires et des stages disponibles sur internet. Une table, une chaise, une étagère, des échardes et la satisfaction d’avoir fait quelque chose de ses mains, étonnante et anachronique satisfaction si l’on considère l’attrait des professions de l’intellect dans une société de service.

La ville dispose déjà de LCR, lieu commun de réunion, mais pas de LCB, lieu commun de bricolage. Cette activité est pourtant l’une de celles qui favorisent l’acquisition de compétence par la pratique. Et qui dit pratique dit possibilité de progresser au contact d’autres pratiquants. Et l’on retrouve alors la notion de solidarité et de partage.

Cette idée de LCB n’est pas vierge de toute expériences, principalement documentées aux États-Unis, sous le pseudo de Makerplace, hackspace (à visée plus informatique),  de DIYplace (Do it yourself, faites le vous même) ou de FabLab (fabrication laboratory). Quelques exemples existent aussi en Allemagne, aux Pays-Bas, en Espagne, en Angleterre, ou en Nouvelle-Zélande

Ces expériences arrivent en France, et se fédèrent, mais ne se limitent pas à la seule dimension du bricolage (comme dans les exemples précités) mais se double d’une véritable recherche de débouché économique. Autrement dit ces lieux sont tout à la fois des espaces de partage, d’apprentissage, de facilitation du prototypage pour les artistes ou les designers, de rencontre de créateurs potentiels, de foisonnement innovant.

La carte de l’innovation est déformée par la densité. Un lieu qui concentre les potentiels complémentaires, qui favorise l’expression de ces potentiels, qui offre un tremplin pour une démarche économique remplit clairement les pré-requis de solidarité, de partage qu’implique le développement durable. Quand ce bouillonnement trouve à s’inscrire dans un espace qui promeut le respect de l’environnement, il y a fort à parier que l’innovation qui émergera contiendra une bonne dose de vert, qu’il s’agisse d’innovation directement liée à l’environnement ou de façon plus connexe par la voie de l’utilisation du recyclage pour bricoler, fabriquer, partager.

Un nom pour ce lieu atypique?

Pourquoi pas « La Fabrique de De(ux)Main(s) »