La décentralisation, nouvelle bête immonde?

Autheuil, pour qui j’ai beaucoup de considération a assisté à un dîner débat sur la réforme territoriale. L’histoire ne dit pas si le repas fût bon, mais les aigreurs d’estomac provoquées par la teneur des débats lui font commettre un post acide sur la décentralisation et sur les profiteurs du système.

Penchons nous donc avec attention sur les arguments de ce fin connaisseur de la chose publique et de ses commentateurs, non moins avertis.

Que reproche t-on à la décentralisation ?

  1. d’avoir été mal conçue
  2. d’avoir laissé subsister un ou des échelons surabondant(s)
  3. d’être un maquis de cumulards
  4. de coûter (très) cher
  5. de ne servir à rien, en définitive
  6. de donner lieu à un écosystème d’experts se nourrissant sur la bête
  7. d’avoir pour visée une émancipation réglementaire

Le nombre des communes et établissements publics étant pléthorique, le dos est assez large pour supporter une instruction à charge comme celle-là mais ne faisons pas l’économie d’étudier aussi méticuleusement que possible les arguments soulevés.

Qu’en est-il tout d’abord du poids relatif des collectivités territoriales dans l’économie française, et à quelle ponction procède-t-elle sur l’économie au travers de la part des prélèvements obligatoires qui lui sont attribués ?

Nous ne reviendrons pas sur le nombre de communes (36.786 au 1er janvier 2012), de départements (101 – on a rajouté Mayotte) ni de régions (26), ces éléments étant connus. Pas la peine non plus de nous appesantir sur le nombre de fonctionnaires territoriaux (environ 1.8 millions) puisqu’il ne rend qu’imparfaitement compte de la complexité des statuts des personnels assurant les services publics dit « locaux ».

Passons du côte obscur de la force, celui des finances locales. Voilà les chiffres issus du dernier rapport de la DGCL (chiffres 2010):

  • Part des APUL (administrations publiques locales) dans les prélèvements obligatoires : 4.6% (à rapprocher du taux global d’un peu plus de 45%
  • Dépenses de fonctionnement globales : 149 milliards € dont 52 de dépenses de personnel
  • Investissement global : 64 milliards €
  • Dette globale : 124 milliards € soit 69% des recettes de fonctionnement

Le mille feuille, tarte à la crème de la décentralisation

S’il est bien un marronnier en matière de décentralisation c’est à l’évidence celui du mille feuille, lequel trouve aisément sa place dans tout bon article à vocation polémique. Un marronnier devenu quasi légendaire donc auquel il convient d’ajouter une dose de rond-point-qui-coute-des-millions pour ne pas louper la cible facile et rajouter un toping de sucre glace et crier son attachement à la gastronomie française.

La faute, originelle, en revient – principalement – au fantastique morcellement du niveau communal, qui à lui seul compte pour 80% des étages de croustillant et tout autant de crème et pour 40% des communes d’Europe nous rappelle-t-on.

A vouloir se concentrer sur le nombre on en viendrait presque à oublier que tout cela trouve une justification partielle dans la densité de population propre au territoire français. Permettons nous un rapide détour par la carte des densités en Europe

  • Allemagne: 230 hab/km²
  • Belgique: 360 hab/km²
  • Italie: 199 hab/km²
  • Pays-Bas: 400 hab/km²
  • Royaume-Uni : 252 hab/km²
  • Danemark: 129 hab/km²
  • Portugal : 119 hab/km²
  • Espagne : 92 hab/km²
  • France : 97 hab/km²

Il serait inutile de prolonger le voyage si ce n’est pour des raisons de pur loisir. Le territoire français est ainsi fait que de très larges portions n’abritent presque personne mais cumulent toutefois un nombre non négligeable de communes.

La Lozère compte ainsi moins d’habitants (77.000) que Pau (84.000) mais s’étend sur 5.200 km² et se compose de 185 communes (soit 410 hab par commune pour une superficie moyenne de 28 km²). Sans Mende, la moyenne tombe même 352 ! A titre de comparaison Bordeaux s’étend sur 49 km² pour 250.000 habitants.

La première question qui se pose alors est celle de la liberté d’installation. Doit-on contraindre le choix de nos concitoyens dans le lieu d’implantation de leur domicile ? Lutter contre l’étalement urbain est une décision radicale qui a ses avantages en matière de développement durable mais aussi en matière de finances publiques (assainissement, entretien des routes, transports collectifs…). Trouvera-t-on des élus de la République pour indiquer à leurs électeurs que décidément ils vivent trop loin des lieux de centralité? Trouvera t-on même une majorité de Français pour imposer à leur co-contribuables de ne pas désirer respirer l’air salvateur de la campagne au nom d’une médiocre et si vulgaire règle d’équilibre budgétaire ?

L’autre question est bien celle de la fusion de communes. Il est louable de vouloir réduire le nombre de communes, mais trouver le subtile équilibre entre périmètre et population n’est pas nécessairement à la portée du crayon d’un préfet. En adoptant une vue purement numérique, il conviendrait ainsi de gérer sous le même format institutionnel (commune) une éventuelle fusion des 185 communes de Lozère et Bordeaux? Après tout, pourquoi pas?

La question ultime posée par le débat sur la rationalisation des étages du mille feuille est celle de l’homogénéité des structures administratives sur le territoire. Ne serait-il pas plus optimal de faire une croix sur cette belle unité factice, héritée d’un temps où l’on se rendait en 24H à cheval au chef lieu de canton, pour privilégier une forme intégrée de collectivité locale hybride dotée de la clause générale de compétence, qui se fondrait dans le cadre contextualisé des enjeux du territoire concerné ?

Fusion de départements (comme le projet Alsacien le prévoit) ou de régions, disparition de départements remplacés par deux ou trois grosses intercommunalités, bascule de département d’une région à l’autre…Nous y gagnerions en masse critique ce que nous perdrions en lisibilité institutionnelle. Un choix subtil qui est peut être le grand dilemme du  prochain acte de la décentralisation (le III parait-il).

La complexité inhérente à la décentralisation

Dans la précipitation – ou dans le format trop court d’un post de blog – les commentateurs oublient ainsi que le monde est complexité ((La complexité définie comme la présence concomitante de plusieurs facteurs)). La prise en compte d’échelle de réflexion ou de stratégie différente est traitée de façon trop succincte voire totalement inadaptée. La réflexion sur le périmètre du grand Paris, complexe parmi les complexes, ne trouve pas de réponse unique. Celui-ci évolue en fonction des problématiques abordées (transport, économie, logement/habitat, solidarité, formation…) et trouver un cadre institutionnel unique, par essence rigide, à même d’embrasser toutes les dimensions n’est pas aussi aisé que la communauté des commentateurs semble le croire.

Il serait facile d’objecter qu’étant moi même fonctionnaire territorial, aspirant à des fonctions de direction dans des structures de taille conséquente, je protège le pré carré dont l’herbe est verte car arrosée avec constance et prodigalité par l’impôt citoyen.

Je me permets quatre réflexions dont on pourra juger, en son âme et conscience, de la pertinence. Je ne vous tiendrai pas rigueur si vous décidiez de les écarter, mais encore faudra-t-il le justifier.

La première tient au coût auquel les collectivités se procurent les fournitures, services et travaux nécessaires au fonctionnement des services publics. Environ 90 milliards d’euros sont chaque année dépensés par les CL sur la ligne 011 (pour les communes), Charges à caractère général. Autrement dit les prestations fournies par les entreprises privées. Et il est assez facile de croire, quand on ignore la réalité d’une collectivité, que les politiques et les administratifs qui leur sont subordonnés disposent de cette manne avec une liberté jamais restreinte. Si je veux prendre l’exemple de ma collectivité, il faudra m’expliquer comment réduire de façon drastique les 2.5 millions d’euros de fluide(s) divers qui constituent 33% des dépenses de fonctionnement hors personnel. Doit-on couper l’eau, l’électricité, le gaz dans les écoles, à la piscine, dans les locaux municipaux?

Si le quidam subit en maugréant les hausses de 5% décidées par EDF ou GDF ou Véolia et consorts, il convient de ne pas oublier que 5% de 1 million d’euros de facture annuelle représente tout de même 50.000€ qu’il faudra bien trouver quelque part, à fonctionnement étal des services. 

Dans le même temps, je ne connais pas une collectivité qui n’ait pas engagé une démarche de réduction de ses consommations, par l’investissement dans des énergies moins chères, dans des technologies moins consommatrices, par la recherche de pratiques plus responsables. Mais investir coûte cher, en section d’investissement (emprunt dans des proportions décentes) mais aussi en fonctionnement (charges financières).

Le prix des marchés publics est en effet impressionnant, mais les collectivités ne fixent pas les prix faut-il le rappeler ? Au mieux peuvent-ils les négocier. Il est assez ubuesque de se dire choqué(e) du prix du m² d’enrobé et d’acheter des actions des grands groupes de BTP car ils font florès. J’ai même déjà rencontré des salariés de ces grands groupes qui se plaignaient de leurs impôts locaux quand leur boite facture des sommes hallucinantes pour le moindre m² construit et qu’ils en bénéficient directement via leur salaire ou leur intéressement. Le beurre, l’argent du beurre et le sourire de la crémière, grande spécialité française.

La seconde tient au choix préalable des services publics à maintenir, créer ou supprimer. De ce choix initial découlent des dispositifs, des arbitrages financiers et des charges financières (monétaires et humaines). On peut gausser les rond-points mais qu’en est-il des crèches? 10.000 euros / an en fonctionnement et 13.000 euros initial en investissement par place. CQFD. Combien de femmes peuvent aujourd’hui travailler en raison même de l’existence de ces structures ? Les médiathèques ? 5€ / an / habitant pour l’achat de livre. Les accueils de loisirs du mercredi ? Les accueils pré-scolaires qui permettent aux parents salariés de ne pas arriver à 9h30 au boulot ? La restauration scolaire ? 3.57€/repas, cher ?

Bien évidemment je force le trait à l’envie, mais ces éléments sont inconnus de 99.9% des contribuables qui voient leur feuille d’impôt sans mettre en perspective les services dont l’ensemble des habitants dispose. « Oui mais moi je n’utilise pas ce service ». Ah, grand débat que celui de l’arbitrage entre contribuable et utilisateur. Chaque commune se pose la question, rassurez vous.

Les choix politiques sont à l’évidence parfois politiciens, mais dans le volume global de dépense, établir la part du nécessaire et du « superflu » est un pré-requis incontournable pour juger de l’action publique. Et si un hôtel de département coûte parfois 50 millions d’euros (avec les retombées économiques locales que cela engendre), les politiques sociales sont autrement plus coûteuses, avec le désavantage de recettes contra-cycliques et de dépenses pro-cycliques dans cet exemple précis.

La troisième, a trait à l’augmentation du nombre de fonctionnaires dans les collectivités, montrée du doigt ou stigmatisée selon que l’on soit ou non d’humeur chagrine, alors que l’état vertueux fait des efforts de restriction. Qu’il me soit permis de faire part du désarroi de nos collègues de la fonction publique d’État quand ils se retrouvent seul(e) pour établir le contrôle de légalité et le contrôle budgétaire de 180 communes, ou quand on constate les prix faramineux auxquels les cabinets d’assistance à maîtrise d’ouvrage facturent les prestations autrefois assurées par les services déconcentrés de l’État.

L’image des vases communicants est forcément ancrée dans les esprits puisque nous avons tous assisté aux mêmes cours de CP. Mais rien n’est moins vrai dans la vraie vie. Une compétence transférée par l’État, même partiellement financièrement compensée, n’est quasiment jamais accompagnée des transferts de personnels de la FPE sauf cas isolés (genre TOS). Le recrutement de personnel n’est donc en général pas surabondant mais nécessaire au fonctionnement basique du service ou de la compétence transférée. A ne pas vouloir constater cette réalité on passe au large de la réalité de terrain dont on se réclame pourtant avec une constance qui confine à l’adoration béate.

La quatrième, enfin, porte sur le monde d’experts qui gravitent autour des collectivités. De quoi parle-t-on? D’experts en fiscalité, en droit, en organisation, en comptabilité ? Mais quelle entreprise n’a pas recours à ces mêmes spécialistes dans son activité ? Les collectivités disposent d’une clause générale de compétence, et quoique l’on puisse en penser, cette compétence généraliste est exercée dans le cadre des lois et règlements émis par l’État central. La complexité juridique et financière est aujourd’hui telle qu’il n’existe qu’une alternative : monter en compétence par le recrutement de personnel qualifié et formé ou recourir aux services d’experts. Comme dans toute activité complexe. S’en émouvoir c’est ignorer que le monde d’aujourd’hui ne tolère pas l’approximation. Les risques pénaux, financiers et humains susceptibles de survenir sont trop importants pour se le permettre.

Le cumul, symptôme tout autant que maladie?

Le cumul des mandats est une maladie bien française. Mais c’est une maladie d’autant plus insidieuse que seule la partie émergée, le cumul des parlementaires, députés et sénateurs, est visible dans les chiffres. Cités en 2010 lors d’une proposition de loi organique visant à interdire le cumul du mandat de parlementaire avec l’exercice d’une fonction exécutive locale, ils font apparaître des proportions notables (de province) : 45% des députés et 33% des sénateurs sont aussi maires, 60 parlementaires étant alors présidents d’exécutifs départementaux ou régionaux quand 170 parlementaires président un EPCI. Encore faut-il noter qu’il ne s’agit là que d’un rapide horizon des fonctions exécutives directes (maire et président) les adjoints et vice-présidents n’étant pas comptabilisés.

L’autre situation, moins visible, est tout aussi préoccupante pour la vitalité de la démocratie puisqu’il n’est évidemment pas rare de trouver des maires présidents d’EPCI et conseillers généraux ou régionaux.

Quels arguments pour admettre que puisse perdurer une telle situation ?

Au niveau national, l’argument massue serait la nécessité de conserver un lien avec le terrain. Sauf à prendre les vessies des français pour des lanternes voire des lampes torches, l’argument doit bien entendu être écarté. Tout d’abord puisqu’il faut admettre que la fonction de membre d’un exécutif n’est pas la seule à permettre de conserver un lien au territoire. Demeurer conseiller municipal est tout aussi adapté. Ensuite car il faudrait faire montre d’un culot de condamné (les seuls qui peuvent tout se permettre avec les cons) pour imaginer que même simple conseiller municipal, un député ou un sénateur ne jouirait pas de l’aura politique suffisante pour continuer à orienter l’action de sa collectivité d’origine quand bien même l’odieux CGCT ne lui réserverait pas une place à part.

L’argument financier me parait aussi devoir être écarté. La prise en charge de tous les frais de mandat en sus d’une indemnité que l’on pourrait même imaginer un peu plus importante (eu égard aux responsabilités exercées) rend le mandat d’un parlementaire plus qu’honorable dans une société où 8 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté.

Au niveau local, nous abordons une question moins facilement appréhendable. Les  rapports législatifs font état d’un décalage important entre le statut (et les indemnités) de nos élus locaux et celui de nombre de ses homologues européens.

Là encore, spécialité française, la raison me parait limpide : le refus de trancher entre professionnalisme et bénévolat. L’argument de la complexité est ici à réinterpréter pour définir ce que nous attendons réellement de nos représentants. Assimiler et comprendre les tenants et aboutissants d’un environnement complexe nécessite sans aucun doute une professionnalisation croissante des élus. Le droit à la formation qui leur est consenti (18 jours sur un mandat) est à ce point risible que nous nous abstiendrons de l’évoquer plus avant. Or toute professionnalisation se paye. Si nous souhaitons des maires et adjoints à temps complet, faisons en sorte que les indemnités perçues soient réellement attractives. Mais en cœur ajoutons que cette « profession » n’est pas compatible avec un autre métier. Le maire d’une ville danoise de 10.000 habitants gagne 5.000 euros / mois quand le maire d’une ville équivalente en France bénéficie d’une indemnité de 2.470 € bruts (L. 2123-24 du CGCT), la différence est sensible. La tentation est alors grande de cumuler plusieurs postes pour atteindre une rémunération que nombre d’élus estiment « suffisante ».

Imaginons que nous souhaitions objectiver le débat, à quoi correspond la gestion quotidienne d’une ville de 10.000 habitants ? Grosso modo à la gestion d’un budget de 10 à 15 millions d’euros, d’une trentaine de services rendus par environ 200 à 250 agents. Une grosse PME en somme avec une particularité, la responsabilité pénale y est sans commune mesure avec celle d’un patron de PME, le nier c’est se voiler la face. Une telle responsabilité « vaut-elle » 2.470 euros bruts/mois soit à peine plus de 2.000 € nets ? Celui qui répond oui se f****ait assez allègrement de vous.

Alors oui, la professionnalisation d’élus susceptibles ensuite de valoriser cette expérience réellement professionnelle dans le cadre d’une carrière et non soumis à la tentation ou la nécessité de cumuler a un coût mais elle n’a pas de prix. Le beurre, l’argent du beurre et le sourire de la fermière encore une fois. La radicalité a parfois du bon, mais elle ne fait pas l’économie d’une vision d’ensemble sur laquelle déployer ses bonnes œuvres.

Quant à l’argument politique d’un avantage du cumul il est méticuleusement démonté dans un très analytique rapport du CEPREMAP.

Et le pouvoir réglementaire dans tout cela?

Nous touchons là un point fondamental. Juridiquement, politiquement, stratégiquement et administrativement fondamental.

Juridiquement puisque le territoire de la République n’est pas censé être soumis à un droit différent. Mais la combinaison des articles 1, 34 et 37 de la Constitution du 4 Octobre 1958 ne rend pas l’égalité devant le règlement obligatoire, seulement devant la Loi (art 1). Or la loi ne fixe que les grands principes laissant au règlement le soin des mesures d’application. Seule l’indivisibilité de la République pourrait faire obstacle à l’application différenciée, selon les territoires, de mesures réglementaires. Mais ceux qui poussent des cris d’orfraies devant la potentialité d’un transfert aux collectivités d’un pouvoir réglementaire « autonome » oublient un peu vite…qu’il existe déjà !

Art 73

Dans les départements et les régions d’outre-mer, les lois et règlements sont applicables de plein droit. Ils peuvent faire l’objet d’adaptations tenant aux caractéristiques et contraintes particulières de ces collectivités.

Ces adaptations peuvent être décidées par ces collectivités dans les matières où s’exercent leurs compétences et si elles y ont été habilitées, selon le cas, par la loi ou par le règlement.

On ne pourrait être plus clair. Et que dire de l’article 72

Dans les conditions prévues par la loi organique, et sauf lorsque sont en cause les conditions essentielles d’exercice d’une liberté publique ou d’un droit constitutionnellement garanti, les collectivités territoriales ou leurs groupements peuvent, lorsque, selon le cas, la loi ou le règlement l’a prévu, déroger, à titre expérimental et pour un objet et une durée limités, aux dispositions législatives ou réglementaires qui régissent l’exercice de leurs compétences.

Quand bien même cela relèverait du régime d’exception, les fondations sont déjà posées et force est de constater que les collectivités n’ont pas sauté sur l’occasion pour transformer le territoire de la République en baronnies bananières, viticoles ou fromagères.

Stratégiquement, car la stratégie territoriale française est me semble-t-il relativement pauvre, sauf dans le domaine de la recherche et de l’économie au travers des pôles de compétitivité. La concurrence entre territoires s’en trouverait probablement exacerbée si le pouvoir réglementaire décentralisé permettait des adaptations à même d’initier ou d’amplifier des choix industriels de groupes ou de de grands investisseurs. La sur-représentation de ces acteurs sur les territoires de grandes métropoles me semble devoir partiellement du moins invalider cette crainte, sauf à accentuer le un mouvement déjà sur-déterminé par la proximité de réseaux d’infrastructure, de compétences et de pôles de recherche.

Le point le plus central me parait être celui de la distorsion administrative déjà évoquée et qui pourrait s’en trouver renforcée. Le choix qui devra un jour s’opérer de conserver, ou non, la structure administrative homogène sur l’ensemble du territoire s’en trouverait sensiblement étayé si l’on choisissait d’acter cette rupture par l’ajout d’un volet réglementaire.

La lisibilité institutionnelle, horizon indépassable de la reconfiguration administrative?

Et si de tous les facteurs d’hésitations, la lisibilité institutionnelle était le facteur déterminant? Comment expliquer à 65 millions de Français déjà singulièrement et intrinsèquement rétifs aux complexités administratives, que l’organisation  de leur territoire est désormais fonction des choix locaux et/ou nationaux, et qu’une partie de la réglementation applicable à leur lieu d’habitation ne le sera plus en cas de déménagement?

Et bien peut être en faisant une double confiance.

Confiance en l’intelligence individuelle qui permet à tout un chacun de s’adapter à des conditions de vie, des organisations, des cultures voir des pays différents, ou tout simplement et beaucoup plus quotidiennement à des emplois différents.

Confiance aussi dans l’intelligence collective qui aurait un intérêt certain à lorgner du côté des ingénieurs informatiques et ergonomes qui cachent l’incommensurable complexité d’un outil informatique derrière une interface compréhensible par un enfant de 2 ans.

Ce que je lis de l’attente de nos concitoyens, ce n’est pas de comprendre la complexité du système administratif, c’est de ne pas avoir à la percevoir. Celles et ceux qui prônent la suppression d’un étage du mille-feuille ne disent jamais sur quelles bases ils établissent la future diminution du coût des politiques publiques ainsi mises en œuvre. La suppression du département rendra t-elle moins coûteuse l’aide aux personnes handicapées ? L’aide sociale à l’enfance ?

En prenant le « problème » par la lorgnette des coûts il n’est jamais évident de toucher la cible, à savoir celle du service à rendre. Mais la prise en compte de ce but ultime demande plus que l’intuition ou le doigt mouillé dont beaucoup de gens  se contentent, pour des raisons politiques, idéologiques ou plus prosaïquement par manque de données fiables.

Il ne s’agit pas de minorer le besoin de rationalisation, mais bien de faire prendre conscience que la question des ressources n’est que la conséquence d’un choix politique et sociétal sur les politiques publiques à mener, sur leurs objectifs et sur les dispositifs à même de rendre ces services dans le périmètre imaginé.

Ces positions, personnelles, souffrent probablement d’un biais méthodologique tout aussi prononcé que celui qui affecte les commentateurs. Subsumer un cas particulier pour en extraire une généralité transposable. Qu’il s’agisse d’un rond-point ou d’une situation de proximité, aucun des deux ne porte une vision holiste de la réalité. Au moins faut-il avoir la rigueur intellectuelle de ne pas prendre « horizon de son propre champ de vision pour les limites du monde » comme aurait dit l’ami Arthur Schopenhauer.

Kelly Slater, greatest of all time ?

Il est des Hommes auxquels les superlatifs semblent aussi adaptés qu’une seconde peau, qu’une combinaison en l’occurrence. Kelly Slater est assurément l’un d’entre eux et son sponsor Quicksilver vient de commettre l’un des plus belles infographie sportive de tous les temps (ce qui honnêtement n’est pas si difficile, la mise en forme visuelle de l’information étant encore, il faut bien l’avouer, dans sa période pré-adolescente) pour fêter dignement son 11ème sacre.

La grandeur d’un sportif ne se mesure cependant pas à l’aune de ses titres mais au prisme des adversaires qu’il a dû affronter pour les gagner. Un Sampras sans le chevelu Agassi ou un Tyson sans son Holyfield n’auraient pas été vus de la même façon. Si aujourd’hui Roger Federer est « immortel » c’est aussi et surtout qu’il est redevenu n°1 mondial en passant sur les corps de Nadal et Djokovic, deux champions dont le niveau est l’équivalent – ou presque – du sien.

La grandeur d’un Kelly Slater est pourtant singulière. Elle se nourrit tout à la fois des éléments de confrontation aux autres surfeurs de légende (les frères Irons, Mick Fanning, Mark Occhilupo, Tom Curren, Sunny Garcia…) mais aussi à la durée de son règne.

Du quatuor de jeunes pousses qui montent Jordy Smith / Owen Wright / Julian Wilson et Gabriel Medina, pas un n’avait 4 ans lorsqu’il est devenu champion du monde pour la première fois, G.Médina n’était même pas encore né !

Comme toute infographie, elle repose cependant des partis pris qui laissent de côté les 14 médailles d’or Olympique de M.Phelps ou les 24 titres de champion du monde / champion Olympique d’Ole Einar Bjørndalen. Mais pour un apprenti surfeur comme moi, évidemment, Slater reste le plus grand…

Administrateur territorial? Bientôt, peut être

Il est des grades de la fonction publique qui tiennent lieu de sésames pour toute la panoplie des métiers imaginables au sein des collectivités et même au delà.

Administrateur territorial. Catégorie A+ de la fonction publique du même nom, indice terminal 1015 puis HEA et HEB (hors échelle A et B).

Les administrateurs territoriaux exercent leurs fonctions dans les services des régions, des départements, des communes de plus de 40 000 habitants, ainsi que des offices publics d’habitations à loyer modéré de plus de 10 000 logements. Ils peuvent également exercer leurs fonctions dans les établissements publics locaux dont les compétences, l’importance du budget, le nombre et la qualification des agents à encadrer permettent de les assimiler à une commune de plus de 40 000 habitants.

Autrement résumé, toutes les fonctions de directions dans les plus grosses structures communales, intercommunales, départementales ou régionales sont occupées par des administrateurs territoriaux. Voilà qui vous fait une belle jambe me direz vous, non sans un sens exquis de la provocation si vous êtes une jeune femme à l’allure agréable.

Pourquoi donc vous entretenir de ce grade, ce graal de la fonction publique? Et bien principalement pour faire part de ma réussite au concours d’accès à la formation pour ledit concours A+. Un concours pour accéder à un concours? Vous découvrez les merveilles de la carrière des fonctionnaires territoriaux avec des yeux de Chimène je le sens. Dans la sémantique du CNFPT (centre national de la fonction publique territorial), il s’agit de tests de sélection, mais ne vous y trompez pas, c’est tout comme. 313 participants, 52 admis, moyenne d’accès à 11.49 (soit à quelques pouièmes près le niveau nécessaire pour l’admissibilité – le passage aux oraux du vrai concours).

Au programme de cette formation d’élite pour laquelle les « meilleurs cerveaux » de la FTP se livrent à une amicale mais furieuse compétition, près de 50 devoirs de 4 à 5H, des fiches de synthèse, et un programme de révision gros comme le bottin de Mexico.

Sur les 52 heureux formés (dont votre serviteur) certains vont abandonner, d’autres vont se prendre au jeu et au final presque la moitié (25 l’an passé) arracheront l’une des 29/30 places ouvertes au concours interne. Concours interne car il existe vous l’aurez deviné un concours externe sur lequel, comme un sparadrap sur le doigt du capitaine irascible, se positionnent 80% de préparationnaires issus de Sc-Po Paris et tout aussi soucieux d’être admis à l’ENA que de trouver une planche de salut à peine honorable en réussissant l’INET.

La pique est facile mais les rapports du jury sont tous aussi unanimes en notant avec gourmandise l’ignorance parfois flagrante de la réalité des collectivités territoriales et le formatage en règle subi Rue des Saint-Pères.

Au menu : économie (il en faut, on va dépenser l’argent public tout de même), culture générale (ah vous pensiez que cela avait disparu, et bien non), droit public (c’est bien un minimum), questions européennes (je pensais qu’elle avait disparu celle là) et OGCT (organisation et gestion des CT). Plus anglais si le coeur vous en dit et finances publiques si vous gagnez la chance d’être passé(e) à la moulinette des jurys pour l’oral.

Il reste donc 15 mois pour ingurgiter méthodes et connaissances, tout en prolongeant son activité professionnelle et sa vie familiale. Bref, facile.