Le beurre, l’argent du gay et la moue de Sébastien Meurant

Sébastien Meurant est une personnalité locale à l’aura contrariée (pour l’instant, ne présumons de rien). Il est le Maire d’une charmante bourgade du Val d’Oise, Saint-Leu la Forêt, aussi connue pour avoir su conserver un centre ville typique que pour la désastreuse qualité de son patrimoine routier.

Mais là n’est pas le propos.

Après avoir trempé comme il fallait dans « l’affaire Soumaré » en compagnie d’autres maires indélicats du coin, Monsieur le Maire fait parvenir aux élus locaux du coin une pétition pour s’opposer au mariage homosexuel. Soit.

Sébastien Meurant le citoyen est en effet parfaitement libre d’exprimer ses opinions personnelles à qui veut bien les écouter, quand bien même celles-ci auraient un petit relent rétrograde.

Mais il n’aura échappé à personne que Sébastien Meurant ne s’exprime pas en tant que citoyen mais ceint de son écharpe tricolore. C’est bien sur du papier à entête de sa collectivité, en signant Le Maire, qu’il fait part de son refus de marier les couples gays.

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Ma voisine a un talkie walkie mondial

Vous me direz que cela vous fait une belle jambe. En auriez vous deux de la même facture que vous pourriez prétendre à un job de mannequin corps pour une marque de collant mais tel n’est pas mon propos.

Non, ma voisine discute avec sa sœur par l’intermédiaire d’un talkie walkie. Ou plus précisément d’une application PTT sur smartphone. Et si je vous prends à sourire en pensant, nostalgiques que vous êtes, aux Postes et Télécommunications de votre enfance (devenues, pour partie, la moins glamour ARCEP), je dois vous détromper sans ménagement.

Car PTT signifie désormais Push to Talk. Il s’agit ni plus ni moins que de transférer des données, en l’occurrence la voix, par l’intermédiaire d’un réseau (wifi ou 3G voire 4G bientôt). Ce faisant vous démultipliez le territoire couvert, dépassant allègrement les quelques mètres vous séparant de la chambre de votre frère avec qui vous discutiez sous la couette, pour s’étendre à des continents.

Car, oui, la sœur de ma voisine habite dans le Tennessee, à Pulaski si vous tenez particulièrement à le savoir. Je vous épargne l’habituel couplet sur la musique country dans la mesure où elle joue au soccer pour l’équipe des Redhawks de l’université Martin Methodist.

Et alors ? reprendrez vous, inquiet(e)s de me voir ainsi digresser. Et bien je ne peux m’empêcher de penser que nous vivons une époque singulièrement étonnante, au cœur de laquelle se côtoient des applications smartphones qui mettent votre sœur à quelques secondes de décalage alors que vous communiquez en temps réel sur une distance de 5.000 km et une organisation territoriale française dont l’un des territoires a été découpé sur la base d’une distance au chef lieu, parcourue à cheval en 24H.

Je dis ça, je dis rien.

Mme Parisot utilise sa clause générale d’incompétence avec prodigalité

L’avantage d’être une personnalité publique, écoutée et relayée c’est de n’avoir pas forcément besoin d’étayer son propos et de pouvoir donner à une réflexion de salle de bains le statut quasi mythique d’Oracle.

Mme Parisot, avec le sens commun et la mesure qu’on lui connaît déclarait ainsi, le 29 août dernier, au journal Le Monde

Nous demandons que soit reconsidérée la clause générale de compétences des collectivités locales car, bien souvent, elle aboutit à des dépenses superflues.

Vérification faite, le 28 août, date présumée par l’auteur de réalisation dudit entretien, la température à Paris (27°) n’était pas à ce point intolérable qu’elle provoquât des malaises et divagations. Avec un peu d’imagination nous pourrions retenir l’effet décalé des chaleurs des 17 et 18 Août (38°) mais cela ne tiendrait pas compte des puissants systèmes de climatisation dont sont naturellement pourvus les bureaux fréquentés par la classe sociale supérieure.

C’est donc avec tact qu’elle pointe d’un doigt inquisiteur mais néanmoins entrepreneurial, les dispendieux et folkloriques engagements financiers des collectivités. Le lecteur attentif n’aura pas manqué de sourciller, se demandant avec raison dans quelles poches, si ce n’est celles des entreprises, ces espèces sonnantes et trébuchantes ont bien pu tomber.

J’apprécie tout particulièrement l’aspect scientifique du « bien souvent », mélange de pragmatisme et de café du commerce qui donne naissance à une position exprimée au nom de la plus puissante organisation patronale de France.

Disons le avec l’aplomb qui convient et la gravité affectée nécessaire à la défense des collectivités veuves et orphelines, la clause générale de compétence n’a intrinsèquement rien à voir avec les dépenses superflues des collectivités. Seule la pratique qu’en font certaines collectivités provoque des dépenses qu’un bon père de famille, voire un bon entrepreneur, n’engagerait jamais.

Lorsque plusieurs collectivités interviennent sur un même champ de compétence, et dans la limite de leur intérêt propre, il leur est toujours loisible de mettre en œuvre une coopération plus ou moins formalisée, c’est notamment la raison d’être des contractualisations. Les contrats départementaux, régionaux mais aussi de manière plus large les contrats Etat-région relèvent de cette catégorie d’actes par lesquels chacun, sur le territoire d’exercice de ses compétences, entend mettre en œuvre ou participer à mettre en œuvre une politique publique.

Cette remarque n’excuse pas les gabegies, mais elle signifie toutefois que la qualité de personnalité publique implique de ne pas s’abaisser à la caricature quand la complexité de la situation appelle de la subtilité.

Mais après tout, Mme Parisot n’est pas non plus connue pour être d’une subtilité à faire claquer les mâchoires.

Les marchés publics, une intégration salvatrice

La commande publique est un domaine dans lequel font fortune les précis et les juristes, ceux d’entre eux qui peuvent prétendre aux deux qualités excellant comme vous l’aurez deviné.

Pourquoi la commande publique me direz vous ? Et bien parce qu’un sou est un sou, et plus précisément un sou public, dans le jargon, un denier. La dépense exposée pour répondre à un besoin de l’administration nécessaire à la mise en oeuvre d’une politique publique relève donc d’un souci de bonne gestion, quoique le respect strict des règles n’emporte pas brevet de bonne gestion, lequel s’incarne dans la mise en concurrence.

Il est assez commun de dire que la commande publique rend plus onéreuse l’acquisition de biens, c’est en général faux, sauf pour un secteur important, les travaux. Si l’administration paye ses forfaits téléphoniques (2h) 2.43€, elle acquitte en général près de 3.000€/m2 pour la construction d’un équipement. Vous avez bien lu, 3.000€ quand les promoteurs immobiliers actuels sortent, en région IDF, des programmes BBC à ce prix là, marge comprise. C’était le petit mot qui fait plaisir, nos chères entreprises de BTP se faisant très largement plaisir lorsqu’elles répondent à un marché public. Vous objecterez qu’il faudrait être le dernier des zozos pour retenir un pareil contractant, ce à quoi je vous répondrais que nous n’avons pas le choix.

Car voyez vous, quand bien même cela se fait rare, nous faisons parfois de singulières découvertes à l’ouverture des offres. La meilleure étant évidement l’exacte similitude sur un poste (ensemble agrégé et cohérent de prix par sous domaine technique) de deux offres financières alors que ce sous ensemble est la somme de 90 lignes de prix dans un BPU (Bordereau des prix unitaires). Au centime près. Il parait que l’on appelle cela l’entente dont personne ne dit qu’elle n’est pas cordiale.

 Bref, tout ça pour dire que la commande publique est désormais une affaire de spécialistes, juridiques, financiers et techniques, connaissant le domaine concerné par un achat ou, à minima, ayant des connexions sûres à certains acteurs du domaine.

D’où l’intérêt à intégrer la fonction achat et la fonction juridico-financière au sein d’une même entité. Il faut naturellement veiller à associer les aspects techniques tout en maîtrisant les « excroissances de sociabilité » habituellement rencontrées dans le cadre des marchés de travaux. Pour le bien de tous et pour la bonne gestion des deniers publics. Un sacerdoce parfois, mais une exigence sans cesse renouvelée.

Je ne dis pas que le champagne ne doit pas couler à Noël, juste qu’un bouteille suffit et qu’il est un peu déplacé de ramener une caisse entière d’une visite à Reims offerte par un prestataire. Il est en effet plus difficile d’évaluer une prestation lorsque l’évalué vous tape sur l’épaule en vous donnant du « copain ».