Basket, collectivités locales et contingence historique

DJ stephens embrasse l'anneauOn pourrait se contenter d’admirer la prouesse physique ou bien se dire que cela ne sert pas à grand chose niveau basket. Mais ne nous contentons pas de cette première approche.

Rappelons nous tout d’abord pourquoi l’anneau de basket est à 3.05m. C’est la faute aux américains et à un canadien expatrié. Ces hurluberlus comptent en pied et non dans le système métrique, ce qui aboutit à des distances aussi folkloriques que 30.5 cm pour un pied, 2.52 cm pour un pouce (soit disant passant très court) ou encore 91 cm pour un yard, que le basket n’utilise pas mais qui est la base du football américain, le vrai football y étant dénommé soccer, encore une fois pour des raisons sur lesquelles la raison refuse de se pencher.

Bref.

Dans un petit gymnase d’un YMCA (je vous vois venir) le professeur d’éducation physique John Naismith décidait d’occuper des jeunes gens autrement qu’en les laissant jouer aux cowboys et aux indiens et décida d’ouvrir le chantier d’un nouveau divertissement.

Le vieux gymnase étant clos d’un galerie haute, on accrocha un panier à la balustrade, à une hauteur d’approximativement 10 pieds, d’un part pour que les jeunes gens n’aient pas la facilité de s’accrocher à ce panier en osier, d’autre part pour des raisons purement logistique, la hauteur moyenne d’un étage étant 3m, la balustrade était à cette hauteur.

Et nous en venons au dénommé DJ Stephens. Nous aurions tout aussi bien pu illustrer cet article d’une photo d’Andrew Wiggins, de Air Up There, de James White, Gerald Green, Golden Child ou autres zozos aux noms plus originaux les uns que les autres.

En commun, un rapport taille / détente bien au dessus de la moyenne, comptez en général 1m de détente sèche, c’est un minimum.

Ces jeunes gens sont donc capables non seulement de mettre directement le ballon dans le cercle (on appelle cela dunker), de le faire de façon acrobatique/artistique, mais aussi de mettre leur tête au niveau, voir clairement au dessus de l’anneau.

Vous me direz que cela est bien beau mais quel enseignement peut-on en tirer ? Celui de la relativité et de la contingence historique.

Toute référence a son propre cadre d’élaboration et son propre contexte historique. John Naismith n’ignorait pas qu’existaient des grands gaillards, mais il n’avait probablement pas dans l’idée que ces grands gars (et désormais grandes filles dont le phénomène Brittney Griner) envisageraient de faire du basket un métier et que la dimension physique y prendrait une telle importance.

Transposée en matière de collectivités locales ou même de développement d’un État ou d’une entreprise, cette réalité de la contingence historique prend une toute autre importance puisque l’image du paquebot demeure parfaitement valable.

La société évolue à une vitesse désormais exponentielle, à la mesure de la loi de Moore pour les processeurs, et les structures fixes ont des temps d’adaptation beaucoup plus long, des plannings de réalisation d’infrastructures sans commune mesure avec les nécessités de réactivité. Autrement dit, il appartient aux institutions de penser leur propre organisation et leur propre mode de fonctionnement en regard de ces évolutions. Une troupe légère et mobile en quelque sorte.

Ce qui repose une question fondamentale, celle de l’association des autres acteurs dans la production du service public. Si les institutions sont clairement parfois trop rigides car engoncées dans un carcan juridique, qui est aussi le garant d’une certaine continuité/stabilité de l’action publique, la réactivité ne viendrait-elle pas d’une collaboration plus poussée avec les acteurs plus souples.

Faire ou faire faire, accompagner et collaborer. L’avenir du service public.