GM du temps de sa splendeur

GM du temps de sa splendeur

Il n’est jamais évident de faire des prévisions, l’époque, nourrie d’immédiateté et d’instantanéité ne s’y prête guère. Cependant, cet art consommé de la prévision tourne aujourd’hui à la Parodie de Cassandre.

Tout n’est actuellement qu’annonces délirantes sur fond de fin du monde actuel, encourageant le délirium tremens de traders déjà victimes de torticolis à force de tourner la tête dans tous les sens. Et pourtant. Pourtant, ceux qui annonçaient ces faits tragiques pour l’économie mondiale, ceux qui ont, avec clarté (courage et créativité?) et conscience appelé à une réflexion globale avant que ne soit franchie la ligne jaune de l’irréparable, ont méthodiquement été traités de rabas-joie version anti-mondialiste.

Aujourd’hui Général Motors est sur le point de « faire faillite ». L’entreprise au 330.000 employés, l’entreprise symbole de l’amérique conquérante paradant dans des 4X4 rutilants et gloutons, l’entreprise numéro 1 dans le secteur automobile jusqu’en 2007, cette entreprise là vaut désormais 0 kopeck.

Rien, nada, quetchi, selon les analystes de la Deutsch Bank qui estiment aujourd’hui qu’un éventuel sauvetage par la puissance publique « ne profiterait pas aux actionnaires, alors que le groupe a appelé à l’aide l’Etat américain vendredi, en soulignant la menace d’une crise imminente de liquidités » (phrase reprise quasi à l’identique par le Figaro et par Le Monde, quelle originalité de prose journalistique).

La chute semble si inéluctable que le NYT nous gratifie d’un titre à la mesure de la chute « G.M., Once a Powerhouse, Pleads for Bailout ». Un titre qui est aussitôt matiné d’une louche lacrimale « General Motors is facing the grim prognosis that it may not survive to see another year unless it is rescued by a bailout from the federal government« . Rien que cela.

Valant au cours actuel moins de 3M de dollars, GM englouti prés de 2M de liquidités par mois et devrait arriver au bout de ses réserves à la fin Janvier, mettant potentiellement sur le carreau , attention aux yeux, 2.5 millions de personnes, sous-traitants compris.

L’adage « too big to fall » n’aura jamais été autant d’actualité. Car il ne faut jamais oublier la spécificité de la société américaine, liée aux choix du début du siècle de promouvoir une assurance « sociale » par l’intermédiaire des sociétés.

Le système de retraite national est famélique, laissant le soin aux particuliers d’assumer seuls le fianncement de leurs vieux jours. A ce jeu là, les grosses sociétés, du temps de leur splendeur, offraient à leurs employés une retraite confortable ainsi qu’une communauté sur laquelle s’appuyer.

Or c’est aujourd’hui le poids, immense, de ces retraites à financer qui plombe GM, et qui conséquemment laisse entrevoir une ténébreuse hypothèse: la faillite de GM priverait de retraite l’ensemble des employés déjà retraités et actuellement employés de GM.

Une retraite déjà bien entamée puisque le fond de pension de GM est placé chez GM et que l’entreprise vient d’annoncer la suspension de son versement au plan de retraite 401K.

D’où l’appel actuel pour sauver le mastodonte et la perspective de la reprise des engagements par un organisme public. Le volume actuel – non chiffré – va alourdir encore une dette publique qui ne cesse d’enfler.

Mais pas de souci, puisque l’important c’est la confiance que témoignent les investisseurs étrangers à l’économie américaine, bel exemple de dévouement dans le contexte actuel.

Il fût un temps, durant un débat présidentiel, où Nicolas Sarkozy riait de Ségolène Royal lorsqu’elle déclarait vouloir relancer l’économie grâce à un choc de « confiance ». Un confiance qu’il ne cesse désormais d’appeler de ses voeux (le prix de la confiance: 320 milliards en garantie) et pour laquelle tout le monde, banquier centraux, gouvernements et particuliers prient désormais.

C’est beau un géant de papier. Cela ressemble presque à un assignat.