Guy si tu m’écoutes…

Guy mon petit. On ne se connait pas et pour tout te dire, si ton nom ne m’était pas inconnu, il n’évoquait pas grand chose. Ou alors un léger parfum un peu suranné de résistance, d’enfance perdue au coeur de la guerre. Rien de plus.

J’apprends ce jour que tu es mort fusillé, à 16H parait-il, drôle d’heure pour mourir. Entre le déjeuner et le dîner, moment bâtard où l’on se sustente, toi c’est à cette heure là que les allemands ont choisi de t’ôter la vie.

Ne serais-ce ta lettre ((Que Koz et le Capitaine reproduisent pieusement, je me demande si je ne suis pas définitivement obtus aux effusions républicaines)) et ce statut de martyre, personne n’aurait jamais entendu parler de toi. Sois rassuré Guy, tu es désormais célèbre, et aucun écolier français n’ignorera ton nom. Tu peux remercier notre nouveau président qui n’eut de cesse de te citer, de t’invoquer, d’évoquer ta mémoire, la brandissant comme un étendard de vertu républicaine, toi le communiste, toi le résistant.

Je dois t’avouer, cher Guy que je n’avais pas lu ta lettre et son insignifiance historique me laisse de marbre. Oh bien sûr une telle indifférence permettra aux plus lisses de me jeter des pierres et l’opprobre qui sied aux apostats, mais je n’en ai cure.

Bien évidemment on pourra ne pas rester insensible à l’appel que tu lances à ta mère, lui enjoignant d’être courageuse. On pourra aussi trouver glorieusement héroïque le sacrifice que tu as fais, et l’on célèbrera encore longtemps cette maturité qui se dégage de tes propos. Toi qui à 16 ans quittait l’adolescence sur le chemin forcé de la guerre, tu es désormais la bannière d’un monde d’avant, idéalisé.

Mais quelle idée d’ériger en pierre philosophale d’un idéal républicain, la lettre d’amour d’un ado à sa famille? Dans quelle indécente faconde s’est vautré Nicolas Sarkozy, mettant tes mots dans sa bouche, impudente dépossession à des fins électoraliste de ta fin? Celle que tu avais choisi, à laquelle tu ne pouvais pas ne pas t’être préparé. Résister c’est oser, tu osa plus que ne le pourra jamais notre indicible incontinent verbal présidentiel.

J’aurais aimé que cette lettre reste intime, personnelle, cachée au fond d’un tiroir, mouillée des larmes de ta mère et imbibée de la fierté de ton père. Tu as donné ta vie en espérant que cela servirait à quelque chose. Elle a servi l’ambition personnelle d’un homme racoleur et populiste.

Je ne te connais pas Guy, et je m’avance probablement, mais je ne crois pas que tu aurais aimé cela.

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Aucun commentaire

  1. Obtus avec un s même au singulier (je suis lourdingue, et je veux bien que ce post ne soit jamais publié pour que ça ne soit pas publiquement su).

  2. Bonsoir,

    Je suis entièrement d’accord avec ce billet.
    La lettre ne renferme que les adieux (émouvants, forcément émouvants)d’un adolescent à sa famille.

    Encore une manipulation et une récup’ indécente.
    (Je m’en vais vérifier la définition de « perversion », tiens!)

    Voici un article intéressant de la LDH-Toulon à ce sujet:
    [http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article2051]

    Ah, et puisque j’y suis, je voudrais signaler une petite erreur: l’affaire du cowboy qui a tué un homme de « race noire » (dixit le torchon local) ne s’est pas passée à Nice, mais à Toulon. Bon, c’est pas très loin, mais puisque la localité a un nom spécifique …

    Voir encore la LDH pour info:
    [http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article2027]

    Ps: il est très intéressant ton blog.

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