Les Etats-unis, une société en voie d'extinction

  • 45 millions d’américains sans couverture maladie.
  • Un endettement moyen équivalent à 140% du revenu disponible (légèrement supérieur à 60% en France)
  • 16% de pauvres à 50% du revenu médian (7% en France)
  • Une dette nationale proche des 14.000 milliards de dollars, équivalente à celle des 180 pays en voie de développement
  • Des dépenses de santé deux fois supérieures aux nôtres (5700$ contre 2900$) pour des résultats misérables en matière de prévention des maladies cardiovasculaires, en matière de traitement du cancer, mais aussi d’espérance de vie ou de mortalité infantile.
  • Le géant est sur le point de succomber et personne ne veut regarder la vérité en face. Etonnante perspective que celle de voir la grande puissance de ces 100 dernières années mettre un genou à terre.

    Non que je ressente une joie particulière à admirer le couchant d’une civilisation, mais tout de même, la perspective est alléchante. Pourquoi donc ? Mais mon bon monsieur, parce que les EU sont ce qu’il se fait de mieux en matière de donneur de leçon incapable de se remettre en question.

    C’est un fait, les EU vivent au crochet du monde par la grâce d’un mécanisme aussi savant que pernicieux. Dans une économie mondialisée où les firmes multinationales font et défont les territoires, les EU sont devenus incontournables car leur boulimie de consommation fait d’eux les principaux importateurs du monde. Les autres pays et principalement la Chine soutiennent la monnaie américaine pour maintenir un taux de change favorable à leurs produits en échange d’un financement de la dette US, qui s’apparente plus à un abysse qu’à un trou.

    Engagés dans un processus proche de course en avant, les américains, sous l’influence notable des évangélistes, ne se font guère de mouron quant à l’avenir. Cet avenir pourtant est sombre. Jamais les inégalités n’ont été aussi importantes, jamais les écarts de salaires aussi immenses, jamais le nombre de sans assurance aussi déplorable, jamais les faillites personnelles aussi fréquentes.

    Mais rien ne semble devoir effrayer nos amis outre atlantique.

    Non, rien. L’éthique protestante qui irrigue la société US pousse les petits américains à se croire seuls responsables de leur faillite, de leurs manques, de leurs peurs. En brandissant la photo magique de la réussite qui se trouve au détour d’un croisement, cela justifie tout. Les doubles boulots, les petits jobs que l’on prend contraints forcés pour avoir une assurance maladie, les heures payées à 3 $ de l’heure…

    Et c’est à l’heure où ce mythe libéral en prend pour son grade que la France va prendre le tournant US. A l’heure où 10 % des américains sont en prison, où le moindre signe de retrait des chinois (qui zieutent leur marché intérieur et le marché africain) pourrait provoquer l’effondrement du colosse au pied d’argile nous nous engageons la bouche en cul de poule sur le chemin inégalitaire d’un laisser faire bon teint.

    Au moment où les subprimes font tomber les banques, nous allons prendre la voie d’un exonération des intérêts d’emprunt qui ne fera qu’augmenter encore les prix de l’immobilier.

    Le mythe se casse la gueule mais personne ne veut regarder la vérité en face. Nicolas Sarkozy et sa clique ont 25 ans de retard, mais ils affichent sans vergogne leurs solutions miracles comme autant de moyen de secouer le cocotier français pour le faire ressembler aux jolis arbres anglo-saxons. Pile au moment où l’américain va toucher le sol et où l’anglais prend de beaux aspects sociaux (+2,5 pts de PIB de prélèvements sociaux entre 2000 et 2007).

    Avec leur vision d’avenir, nos amis UMPiens vont remettre au goût du jour la constatation de Coluche. Il vaudra mieux en effet être riche et bien portant que pauvre et malade. Eux sont bien portants.

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    4 commentaires

    1. Attention mode commentaire long et chiant avec intégration du cours d’histoire du mois dernier

      Ca fait quand même quelques années qu’on nous avertit sans vergogne que l’Amérique de la démesure et du succès économique va se casser la gueule, et on « attends » toujours… Les cinq points que tu énumères au début, je pense que pas mal d’américains leur turn a blind eye, et il ne faut pas compter, comme tu le dis, sur l’Amérique pour remettre en cause son modèle d’elle même. Il avait fallu une attaque directe sur leurs troupes (Pearl Harbour) et une bonne frousse tout près de la maison d’Oncle Sam (Cuba) pour les faire définitivement sortir de leur politique extérieur d’isolationnisme. Qu’est ce que ce sera quand il faudra remettre en cause leur économie, leur mode de vie et leur société (ce n’est pas Bush qui a dit « Une forte consommation d’énergie fait parti de notre mode de vie et le mode de vie américain n’est pas négociable »?)

      C’est pourtant simple à voir (on vient de le faire en cours en d’histoire, alors je ressors tout ici, pour expliciter tes propos :D), les américains vivent à crédit, et dépendent en particulier des chinois. Mais les chinois, si l’on s’en réfère à l’Histoire, suivent un modèle très proche du modèle japonais, et sont donc, comme la Japon des années 70/80 et plus tard la Corée du Sud et Taiwan, en pleine période faste, très peu de vieux, plein d’actifs, grosse capacité d’investissement. Mais ce modèle risque de s’épuiser, non pas de lui-même (un peu comme si c’était la destinée que cette économie parte de zéro, monte à 15% pendant dix ans et retournent titiller les 3/4%, comme au Japon et dans d’autres pays asiatiques), mais tout simplement de par la démographie. Dans vingt ans ou moins, les chinois auront bien mieux à faire que d’investir chez les américains, ils auront surtout à garder un oeil sur leurs vieux, qui seront beaucoup. Vraiment beaucoup. Et d’ailleurs il est probable que d’ici là, ils aient trouvé mieux à faire que de filer de l’argent aux américains, je soupçonne que ca leur plairait beaucoup plus de posséder totalement des grosses firmes américaines comme Google (non seulement parce que ils aiment pas voir toutes leur « start-ups » (si ce mot existe en Chine) derrière, mais en plus pour définitivement faire oublier la plongée japonaise -Sony présidé par un américain, Nissan par un français, c’est symbolique)

      Alors voilà, je pense en tout humilité que l’avenir de l’Amérique est inscrit dans les prévisions démographiques chinoises plus que dans les maux de la société américaine elle-même(de plus en plus de vieux, de moins en moins d’actifs, moins de femmes que d’hommes…)

      Ca aura un effet avant tout psychologique: merde, nout ne sommes peut être pas le « peuple élu » dont parlait Melville, sur « la terre bénie », des mots de Reagan, merde, il y a maintenant plus d’immigrés latinos que de bons petits WASP… Et l’effondrement du modèle, du rêve américain, auquel déjà les américains ne semblent plus croire…

      Mais je peux te dire que d’ici la, Sarkozy aura eu le temps de faire 4 mandats (ah merde, il veut limiter à deux??) et de faire tout ce qu’il voudra, faut juste prier (ou pas?) que la bulle immobilière (+web 2.0?) explose, pour avoir une petite purge des idées recues sur le modèle américain. Bref, beau billet Fred, Fred a raison, Fred voit l’avenir, Fred président.

    2. « le déclin de l’empire américain » de Todd va dans le même sens.

      Les usa ne sont pas un modèle à suivre. Le jour où les investisseurs étrangers préféreront l’UE ou une autre zone,les américains seront encore plus mal…

    3. @Gnouff: Intéressante précision, cependant j’émets une petite réserve. Les chinois sont 1.2M quand les japonnais ne sont jamais que 150 millions, et ils n’ont visiblement pas le même entrain à garantir à tous une retraite qui vaille le coup.

      Je ne connais pas de grande entreprise chinoise qui offre le travail à vie dans des conditions de rémunération intéressantes.

      La misère dans laquelle se trouve une grande majorité des chinois et le relatif dédain que cette situation provoque au sein de l’éxecutif me porte à croire qu’ils ne se comporteront pas comme les japonnais l’on fait.

      Les efforts immenses déployés pour s’ouvrir le marché africain, et la consolidation d’un marché intérieur n’ayant pas encore atteint une taille critique sont autant de menace pour les EU. Qu’on ne s’y trompe pas, si la chine s’appelle l’empire du milieu, ce n’est pas pour rien. le jour où l’opportunité de se délier des EU pour aller vers un autre marché se présentera, je suis bien sûr qu’ils saisiront leur chance…

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