Nicolas Sarkozy et moi

Un échange vif et sarcastique avec Eolas hier soir sur les commentaires d’Embruns me pousse à coucher sur le clavier ma réfléxion concernant notre président.

L’avocat blogosphérique le plus célèbre de France me reproche d’en appeler à Guy Môquet pour faire part de ma « détestation » de Nicolas Sarkozy, au lieu de me concentrer sur le message même de la lettre.

Première précision, le fait que Nicolas Sarkozy ait fait lire cette lettre lors de son intronisation ne soulève chez moi aucune réserve du type « c’est l’héritage communiste blablabla »..

Je trouve même intéressant qu’il place son quinquennat sous le signe de l’engagement, de la maturité et de la transcendance de l’intérêt personnel. ((On me souffle que pour ce dernier point ce n’est pas gagné, ce que vous pouvez être méprisants parfois!! ))

Voyons donc les précisions que je peux apporter à l’avocat cycliste.

Détester: « Avoir en horreur; éprouver une aversion, une répulsion, une antipathie déclarée pour quelqu’un ou pour quelque chose ».

D’évidence il me faut reconnaître qu’Eolas n’a pas mal visé. Quoique.

Car bien que moins cultivé et doté d’un style moins enlevé (et chargé de fôte d’ortaugrafe) que la plume la plus tranchante de Paris, je n’en fais pas moins une distinction subtile (si si) entre les 3 Nicolas Sarkozy. Quoi 3? Mais un n’est-ce pas déjà amplement suffisant ne manquerez vous pas de me lancer au visage?

Nicolas l’homme, Nicolas l’homme politique et Nicolas l’homme médiatique, voilà donc le triptyque Sarkozy qu’il nous est donné d’observer, d’admirer ou de détester.

Commençons par l’homme Nicolas Sarkozy. On le dit volontiers coléreux, charmeur et même coureur, dépensier et cupide, on lui prête l’utilisation d’une pharmacopée alcaloïde de façon régulière et d’avoir eu parfois recours à la force physique pour imposer à sa femme son point de vue sur le programme télé. Soit. So what? Tout ceci n’est que rumeurs, on-dit, non dits, ouï-dire, bruits de couloirs et de colonnes. Comment rationnellement détester quelqu’un quand vous ne le fréquentez pas, que vous ne l’avez même jamais vu, et que le croiser relève déjà du parcours du combattant?

Ce n’est tout simplement pas possible. Nous ne partageons pas les mêmes valeurs, n’avons pas le même tempérament et pas les mêmes moeurs. En un mot comme en mille, nous sommes différents, le détester pour sa différence serait une crasse bétise.

Venons-en alors à l’homme politique Nicolas Sarkozy. le président de l’UMP, ancien maire de Neuilly et président du Conseil général des hauts de Seine. Il l’a reconnu lui même « il a donné plus de coups qu’il n’en a reçu », et il est devenu au fil du temps un spécialiste ès-trahison. Charles Pasqua ronchonne encore pour ce poste de maire de Neuilly que le petit jeune Nicolas lui a soufflé et Jacques Chirac lui à fait traverser le désert pour l’avoir trahi en 1995. Soit. So what? la politique n’est pas un monde de bisounours, pour accéder au pouvoir il faut donner des coups, jouer des coudes, nouer des alliances, jouer au plus fin ou au plus bulldozer. A ce jeu là, assurément Nicolas Sarkozy est trés fort. Bien sûr on pourra toujours railler son sens de la loyauté et de l’amitié, mais ce ne sont pas là des qualités indispensables pour réussir.

Mais son programme me direz vous? Ah que voilà une bonne question ! ((Je sais je vous flatte bassement)) Que l’on juge un programme mal orienté, peu à même de répondre aux soucis, aux attentes et aux problèmes des plus démunis pour faire la part belle aux patrons et aux plus favorisés est une chose. que l’on puise détester quelqu’un pour cela nécessite un pas supplémentaire que je ne franchirai pas.

Son analyse se défend, elle est basée sur le postulat selon lequel les plus fortunés, en cherchant à l’être encore plus, vont investir, créer de la richesse et dans un élan de générosité dont on peine à retrouver un précédant historique, en redistribuer une part non négligeable aux plus pauvres. C’est une vision des choses. ce n’est pas la mienne, mais après tout c’est aussi cela la politique, la confrontation des idées pour accéder au bien commun. ((Ne vous faites pas plus bêtes que vous n’êtes, je n’ai pas dit « aux biens communs » cessez donc d’être médisants))

Décidément non, je ne peux pas non plus détester l’homme politique.

Reste alors l’homme médiatique Nicolas Sarkozy. Et là je dois bien avouer que celui là me hérisse le poil. Celui qui revendique à la face du monde son goût pour l’argent quand 7 millions de français vivent avec moins de 800€ par mois m’horripile. Celui qui en appelle aux instincts de peur de l’autre, aux réticences envers les « passagers clandestins du système social » me rend nerveux. Celui qui passe sous silence la fraude fiscale pour ne stigmatiser que la fraude sociale me crispe. Celui qui dresse les gens les uns contre les autres dans un discours simplificateur me parait devoir être combattu.

Celui qui évite de faire appel à l’intelligence, préférant sonner la cloche de la peur, me parait effectivement détestable.

Alors oui, maître Eolas, je déteste Nicolas Sarkozy, mais de façon plus subtile que vous ne le présagiez probablement. j’ai une aversion profonde pour l’homme médiatique, le manipulateur, pour celui qui hypothèque la réflexion pour la réaction. Pour l’homme et l’homme politique je n’ai qu’une indifférence marquée.

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7 commentaires

  1. Comment ne pas etre écoeuré par ce manipulateur médiatique lorsque même des gens comme Pecresse ou Jego émettent de vives critiques concernant cette approche médiatique…En off evidement…
    Les coullises des émissions politiques sont vraiment très instructives….

  2. Rien à rajouter à votre distinction, ni à retrancher à vos attaques directes sur un de ses aspects, sans avoir à aller chercher des poux dans la tête d’un fusillé.

    Une phrase avec laquelle je suis en plein accord :

    « Celui qui évite de faire appel à l’intelligence, préférant sonner la cloche de la peur, me parait effectivement détestable. »

    C’est là précisément la raison de ma colère à l’égard du parti socialiste et de sa détestable stratégie contre M. Sarkozy, complaisamment relayée par Marianne. Comme s’il n’y avait pas assez de motifs réels de critiquer M. Sarkozy pour avoir à en inventer. A comparer les deux, celui qui a fait le moins appel à la peur est celui qui a été élu. Que le PS paye au prix fort ce lamentable choix me paraît profondément moral.

    Pour ma part, les trois Sarkozy m’étant également indifférents, je me contenterai de continuer à scruter ses actes et eux seuls auront mes louanges ou mes lazzis.

  3. Pour l’orthographe, quoi qu’il prétende avec la présomption qui lui est coutumière, l’Eolas n’échappe pas à la règle édictée ici par un anonyme qui semble savoir de quoi il parle, chez des gens dont la grisaille semée sur le rose très pale exclue le badinage (http://www.kozlika.org/kozeries/post/2007/05/19/Rha-que-cest-agacant#c92945) et donne, au moins du point de vue des considérations orthographiques, quelque crédibilité.

    Il ne supporte pas les gens qui « écrivent comme des charretiers », mais il est vrai qu’il écrit comme un « petit-maitre », de façon vieillote et surannée, de sorte que c’est lui faire beaucoup d’honneur que de le considérer « la plume la plus tranchante de Paris ». François Mitterand 2007 (et il ne doit pas etre le seul), par exemple, doit bien rire sous cape…

    Par ailleurs, le meme Eolas se plante lamentablement en orthographiant mal le patronyme du jeune résistant dont il est question, ce qui prouve bien qu’il n’en a pas grand chose à faire de cet adolescent fusillé comme ses compagnons, contrairement à ce qu’il a l’hypocrisie de prétendre. Sans doutes a-t-il été élevé dans des quartiers où les rues portent plus certainement des noms comme « Maréchal Joffre » ou « Delattre de Tassigny » plutot que « Guy Moquet » où « Jean-Pierre Timbaud »… (je manque de circonflexes, j’en suis bien désolée).

    C’est bien ce qui le rend si détestable, si éxécrable, si antipathique, si odieux, comme Sarkozy.

  4. @Eolas,

    « A comparer les deux, celui qui a fait le moins appel à la peur est celui qui a été élu. »

    Faux! Le PS a sans doute joué sur la peur de Nicolas Sarkozy, mais Nicolas Sarkozy a joué sur la peur des « classes dangereuses » (immigré ou étrangers, chômeurs ou précaires, « jeunes »…) pour conquérir les voix de certains électeurs.
    La différence, c’est que Nicolas Sarkozy peut se défendre, alors que les populations qui lui a stigmatisées, ne peuvent pas réagir…

    On ne peut pas jouer sur la peur et le rejet de l’autre, comme l’a fait Nicolas Sarkozy, et ensuite s’étonner (avec Franz Olivier Giesbert et les blogueurs associés) qu’on désigne Nicolas Sarkozy comme un homme qui fait peur et divise les Français.

  5. Quel sombre portrait vous faites de moi. Vous m’avez convaincu. Définitivement. Aucune chance de développement d’une amitié entre nous.

  6. Peu de chance en effet bien que je sois très honoré de recevoir ici bas un si grandiose invité.

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