C’est une info qui passe comme un hamburger dans un gosier américain. 4 commentaires sur le Monde.fr (contre plus de 200 pour les articles du Woerthgate), ce qui a défaut de montrer son intérêt démontre l’absence de conscience de la grande majorité de nos concitoyens.

Et pourtant, il s’agit de sexe ! Peut être pas étonnant mais surement inquiétant.

Quelques mois après la publication d’une étude américaine démontrant d’inquiétantes liaisons entre « pollution » chimique et précocité de la maturation sexuelle chez les jeunes filles, une autre étude, publiée au mois de juillet, vient confirmer cette situation.

Ces deux études appuient les conclusions d’un livre publié en 2007 (The Falling Age of Puberty in US Girls) par Sandra Steingraber et financé par The Breast Cancer Fund. En 40 ans, l’âge des premières règles a ainsi diminué de quelques mois tandis que l’âge « moyen » d’apparition des premiers signes physiologiques (développement des seins ou thélarche, pilosité pubienne ou pubarche) est de un à deux ans plus précoce !

Quelques chiffres

En un siècle, l’âge des premières règles est passé de 17 ans à un peu moins de 13 ans aux EU. Les auteurs avancent une double hypothèse, celle de l’amélioration des conditions sanitaires (hygiène mais aussi nutrition) et celle de l’influence de facteurs environnementaux et notamment chimiques.

Le développement des signes sexués est encore plus marquant. Près d’un quart des JF noires (24%) montrent ainsi des signes de puberté avant leur 7 ans (32%), un tiers avant leur 8 ans. Une proportion supérieure à celle des JF blanches (15% et 19%).

En cause selon les auteurs des différentes études, les modulateurs endocriniens, autrement dit les perturbateurs chimiques auxquels le corps est exposé et qui ont pour conséquence de modifier l’équilibre hormonal interne.

En haut de la liste, les phtalates et le bisphénol A, ces derniers étant notamment présents, jusqu’à une date récente, dans les biberons.

Des questions sanitaires et sociales

Deux questions se posent au regard de ces études convergentes.

D’une part la question sanitaire qui recoupe à la fois les problématiques de nutrition,  notamment de composition des aliments, et celles des composés chimiques auxquels nous sommes exposées.

Il n’est peut être pas anodin que les enfants noires soient sexuellement matures plus jeunes que les fillettes blanches dans la mesure où la communauté noire américaine est plus exposée au phénomène de pauvreté et donc de mal bouffe.

Les interactions entre agents chimiques contenus dans les aliments et notre propre équilibre hormonal ne sont pas encore parfaitement connues. L’étude des relations complexes de ces composés, de nos hormones et des autres facteurs influençant le développement des enfants,  n’en est qu’à ses balbutiements tandis que la course en avant des industries chimiques et agroalimentaires n’est pas prête de s’arrêter.

Il s’agit ni plus ni moins que d’une problématique majeure de santé publique pour laquelle encore une fois, la course au profit et l’inconséquence  du « marché » aura des répercussions jusqu’au coeur du développement de nos enfants. Rien de moins.

D’autre part, la question sociale induite par cette maturation sexuelle plus précoce. Se dessine en effet une dissociation nouvelle entre perception sociale de l’enfance et réalité physiologique. Ce décalage, accompagné et amplifié par la sexualisation du message médiatique, aboutit très précisément à ce que nombre d’adultes perçoivent aujourd’hui comme une « déviance sexuelle » de la jeunesse. Le terme est un peu fort probablement mais il rend compte d’une incapacité à appréhender un phénomène social et désormais physiologique, qui bouleverse la représentation mentale habituelle de l’enfance innocente et asexuée.

Je ne suis pas certain que la classe politique ait encore pris conscience de l’importance de la question.