Sarkozy sur RMC ou le salmigondis politique

Le petit nicolas Même si je n’ai pas pu regarder François B sur TF1, j’ai au moins pu écouter notre cher candidat sur RMC. Et autant dire que la prestation ne fût pas forcément délirante. Entre néologismes et contre-vérités, il ne fallait pas lâcher l’écouteur. Cela aurait été dommage.

Commençons par le commencement, nicolas est super poli, il remercie son interlocuteur d’avoir posé une bonne question sur l’international, on est jamais trop prévenant ((enfin sauf à le répéter plein de fois et là on s’attire les railleries, alors qu’une fois ça va)), et on sait jamais au cas où il y’aurait une question « spécieuse » sur les sous marins nucléaires…

Mieux vaut prévenir que guérir.

Le reste sera t-il à l’unisson? Je l’espère vivement et presse mon ipod de me délivrer la bonne parole!!

Qu’apprenons nous donc de la bouche de ce grand stratège? Attention question géostratégie …Top!! Je suis un pays du golf persique à majorité chiite (qui n’est pas une ethnie, n’en déplaise à notre bienveillant phare intellectuel).. L’iran !! Que peut-on dire sur l’Iran ? La posture de Chenez ? Hummmmm.. Dire que l’on est prêt à envisager l’option militaire à des fanatiques (( rappelez vous ils veulent éradiquer la verrue Israël)) n’est pas « dangereux mais c’est inutile« . Ben voyons. Et « qu’il faut maintenir les sanctions économiques afin de montrer à la population que leurs gouvernants les mènent dans le mur« . Il faut admettre que c’est une posture courageuse quand lesdits gouvernants utilisent précisement ces sanctions pour unir leur peuple contre l’occident, il fallait y penser, ça a rudement bien marché avec Saddam (non je déconne) alors on va en reprendre une louche.

Suit une belle empoignade sur Al-Quaeda dans laquelle il s’en sort bien tandis que le boulet de RMC veut absolument le coincer sur « Al-Quaeda, sunnite ou chiite? » ((Où va se loger la bétise hein? Euh au 12 rue d’Oradour sur Glane, Paris 15eme?))

Question économique ensuite, avec l’affaire Alcatel-Lucent et cette fort belle sortie de Nicolas qui considère que la question n’est pas de savoir si une entreprise faisant un plan social est bien ou mal, mais de savoir pourquoi la France ne crée pas assez d’emploi. Qu’Alcatel fasse 18.3 milliards de CA en 2006 (13 milliards en 2005 notez la petite progression) et lourde 1.800 personnes n’est pas une question importante (Bénéfices aux environs de 4-5 milliards). Bien vu, c’est transmis aux familles des 1.800 employés.

Juste pour goûter aux délices de la com’ voilà ce que l’on trouve sur le site Alcatel-Lucent :

« « Une des valeurs les plus importantes de notre Groupe est son sens aigu de sa responsabilité sociétale. Nous avons pour ambition de changer la manière dont le monde communique, sans toutefois perdre de vue nos obligations envers ses ressources et sa population. Nous sommes convaincus qu’encourager l’ouverture et le dialogue avec nos parties prenantes sera essentiel pour assurer un développement durable à nos activités. » Patricia Russo.

Prière de ne pas rire. Merci.

Mais ne nous arrêtons pas en si bon chemin. Cheminons sur la voie de l’illumination. Le mineurs délinquants !!! Ah le fond de commerce de notre ministre !! Après avoir ressorti ses « chiffres que personne ne conteste » (vraiment?) il s’en prend aux méchants adultes qui utilisent les mineurs. Solution? Il faut emprisonner les mineurs plus facilement en faisant en sorte que l’excuse de minorité ne soit plus retenue pour les multirécidivistes. CQFD. Votre chien mord un enfant? Enfermez l’enfant !!

Petite précision du cyber-avocat le plus connu sur la législation actuelle « Techniquement, cela est possible [d’écarter l’excuse de minorité] : le tribunal ou la cour d’assises jugeant des mineurs de 16 à 18 peut écarter l’excuse de minorité, par une décision spéciale. Et ce même s’ils ne sont pas récidivistes. Mais cela doit faire l’objet d’un débat. La loi ferait automatiquement disparaître cette excuse, sans débat ».

Bien vu l’aveugle! Et il est avocat ! Remarquez il ne pratique plus depuis longtemps..Encore heureux ai-je entendu au fond de la classe? C’est mal de se moquer de ses « petits » camarades.

Chemin faisant j’arrive vers Ermont halte et vers de plus goûteuses déclarations encore. C’est la foire du trône !!! « Je veux une grande loi pénitentiaire pour sortir les détenus qui ont besoin d’un traitement psychiatrique… » . Bien vu c’est environ 20% de la population carcérale. Pour mémoire il y a en France 59.288 personnes écrouées (pour 50.988 places, surveiller et punir qu’il disait Michel mais il oubliait entasser), ce qui nous donne donc environ 12.000 personnes souffrant de troubles psychiatriques.

Ni une ni deux, je sors ma calculette, une rapide vérification sur google sur le prix des places (entre 220.000 et 270.000 euros par place, c’est plus cher qu’un spectacle hein?), et voilà le chiffrage : 3 milliards. Pas chiche le gars n’est-ce pas? Vous pourriez toujours objecter que cela pourrait se faire par redéploiement des places actuelles et prévues par la Loi d’orientation et de programmation pour la justice (3.65 milliards d’ici 2013 pour 13.200 places), mais le terme « création » me pousse à croire qu’il s’agit bien de nouveaux établissements. D’autant que la médicalisation de ceux-ci nécessite au moins un profond réaménagement. Donc voilà , hier matin Nicolas s’en remis 3 milliards sur le dos (non prévu par la cellule de chiffrage de débat2007 semble t-il) et personne n’a rien vu.. La grande classe, un vrai prestidigitateur.

Mais ne nous arrêtons pas sur le chemin (re) . Pour la troisième fois après un interview et l’émission « A vous de juger » Nicolas va rappeler que les policiers ne sont pas là pour organiser des tournois de foot ou de volley. Merci pour les travailleurs sociaux, c’est transmis (je vais finir par faire payer mes services).

Vient ensuite le tour de la grève. Vote après 8 jours ? « Même dans le service public? » . « Je vais vous dire mieux, dans le privé, le public et l’université ». Remarquez bien cette différence faite entre SP et université. Phrase d’après : vous savez qu’il n’y a eu qu’une seule grève de plus de 8 jours ces 12 dernières années dans les SP?

Réponse de NS: mais les grèves dans les universités?

Bourdin n’a pas eu les cojones de rappeler que dans la phrase d’avant NS lui même avait eu le chic de distinguer les deux mais bon…

Et la litanie des propositions de s’égrainer:

– Les successions ? 90% des français ne doivent pas en payer ! Cela tombe plutôt bien puisque c’est déjà le cas pour 80%, y’a pas loin à aller.

– Nous aurions le taux de chômage des jeunes le plus important d’europe, c’est pas tout à fait juste , et si l’on considère la proportion de jeunes au chômage ça l’est encore moins.

– On obligerait les gens à partir en pré-retraite? Mais voui voui voui..

– Les « trentagénaires » ((le littré ne connait pas, ni le dico de l’académie ni celui du CNRS..bizarre)) ? Ceux qui bénéficient de l’héritation peut être?

– « Il faut que la population comprend que le régime… » Oulalalalaala, réminicences hongroises ça probablement.

– Les sous marins ? « question spécieuse » et mauvaise réponse. Ici ou là on avait gausé l’incapacité de Ségolène Royal à répondre à une question quasi identique. Pan sur le bec.

– Le nucléaire ? « L’énergie du futur ». PS: Ne pas oublier de trouver une combine pour enterrer les déchets pour les 5.000 prochaines années.

– Les intérêts sur les remboursement d’emprunt? Exonérés !! Ben tiens. Pourquoi? Quelle différence avec les loyers payés par les locataires? J’ai pas les moyens d’emprunter sur 50 ans, je vais payer des impôts sur la totalité de mes revenus mais si j’accepte de m’endetter jusqu’aux yeux je peux déduire une partie de mes remboursements? Génial.

– Les juges ? Ils sont trop libres ! Pas assez nombreux et débordés? Ce n’est pas la question. Ah bon?

-« La France n’est plus la terre d’accueil des entrepreneurs et des projets »! C’est marrant Ernst&Young dit exactement le contraire . Qui croire?

Ce post fait peut être réquisitoire, ce n’en est pas un. On ne peut pas prétendre à la plus haute fonction de l’état et répondre de façon partielle et partiale aux problèmes de notre société.

La délinquance? On traite les conséquences sans réfléxion globale pour en traiter les causes.

Les travailleurs sociaux? Ils organisent des matchs de volley ou de foot (quelle connaissance du milieu, c’est aberrant.)

Les plans sociaux d’entreprises en pleine croissance? Cela n’est pas la question.

La démocratie-sociale? Qui l’a entendu prononcer le mot de dialogue social dans l’entreprise?

Définitivement, ce n’est pas mon choix.

Pour ce qui est des arguments tenant à sa maitrise plus qu’hasardeuse de la langue française (concordance, néologisme etc) ça n’a pas d’autre objectif que de montrer l’inanité des reproches qui ont pu être adressés à SR. Même un tribun reconnu peut fourcher..et toujours l’histoire de la paille et de la poutre.

Au final un beau mélange de tout et de n’importe quoi, ragoût « populiste et même démagogique », salmigondis navrant d’un homme qui se répète sans réussir à assouvir la soif de s’entendre parler.

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4 commentaires

  1. (J’arrive tout droit de votre commentaire sur politiquecafe, et) je trouve que si, quand même, un peu, ça ressemble à un réquisitoire.
    Mais il faut bien dire que sur certains points, c’est assez mérité.

    Accessoirement, j’aime beaucoup les assonances et autres alitération de la dernière phrase

  2. oui je sais je fût un peu rude. Pour les assonances et autres alitérations c’est mon côté dominique de villepin.. 🙂

  3. Bon elle est très bien cette analyse.
    J’ajouterai quand même, parce que je ne l’ai entendu nulle part, que la différence entre chiites et sunnites on l’apprend en… 5ème au collège !
    Sarkozy doit-il retourner au collège ??

    De même on précise peu souvent que Sarkozy est aussi ministre… s’occupant des cultes et que son ignorance de collégien de 6ème (puisque pas encore passé en 5ème) est encore MOINS excusable.

    Mais de toute façon ces trois bourdes (dont deux énormes puisque celle sur les SNA est anecdotique) ont été curieusement peu reprises par les médias…

  4. DEBAT. La politique des «petits pas» a échoué, celle du passage en force «à la Thatcher» est peu crédible. Deux économistes proposent une troisième voie: racheter les privilèges.
    Article extrait du journal « Le Temps » du 27 février 2007. Pour en finir avec les rentes, il faut payer, écrivent Charles Wyplosz et Jacques Delpla. Trois exemples de leur méthode.

    1. Les taxis
    Le problème:Paris et sa banlieue comptent 15000 taxis, 10000 de moins qu’en 1925! La faute au système des «autorisations de stationnement», en fait une pénurie sciemment entretenue pour préserver la valeur de ces licences qui se négocient en moyenne à 150 000 euros.
    La proposition:autoriser la libre entrée dans le marché des taxis, moyennant un examen de qualification, la fixation de prix maximum et l’accès payant aux couloirs réservés. Les licences seraient rachetées par l’Etat à leur valeur actuelle et détruites, une dépense totale de 4,5 milliards d’euros. Le financement se ferait par un emprunt qui serait remboursé sur quinze ans, par le prélèvement de 0,5 à 1 euro par course.

    2. Le plein-emploi
    Le problème:Le taux de chômage (8,6%) est élevé, la législation sur les licenciements dissuade les entreprises qui voudraient engager du personnel, tandis que le sentiment de précarité touche même ceux qui ont un contrat à durée indéterminée (CDI), protecteur dans les faits.
    La proposition: Introduire un contrat unique et une liberté complète d’embauche et de licenciement. En contrepartie, l’assurance chômage est portée de 73% à 90% du dernier salaire et étendue à tous, avec une forte incitation à chercher du travail. Ce modèle de «flexisécurité» à la danoise facilite la mobilité et diminue le sentiment de précarité.
    Innovation centrale de ce dispositif: l’abandon du privilège que représente le CDI est compensé par le versement anticipé – dès l’entrée en vigueur de la réforme – d’un crédit personnalisé d’assurance chômage. Chaque employé reçoit un crédit initial de un mois de chômage par année de travail restant jusqu’à sa retraite, rechargeable sous forme d’heures supplémentaires ou de vacances cédées. Les plus de 50 ans bénéficient d’un statut spécial compensant le handicap de l’âge.
    Cette réforme, dont le coût se monte à 70 milliards d’euros, est financée par des transferts des fonds de formation professionnelle financés par les entreprises et l’emprunt. Elle devrait créer 400000 places de travail par an grâce à la souplesse accrue, ce qui rend l’opération globalement bénéficiaire au bout de quinze ans. A titre de comparaison, l’Etat dépense aujourd’hui 63 milliards d’euros pour l’assurance chômage plus 20 milliards pour la formation professionnelle, dont une partie en pure perte, estiment les auteurs.

    3. La fonction publique
    Le problème:Un Français actif sur cinq est fonctionnaire, avec emploi garanti à vie et souvent une promotion à l’ancienneté plus qu’au mérite. Ce système supprime les incitations classiques au progrès et à l’adaptation. Il engendre un mauvais rapport efficacité/coût.
    La proposition:Si les fonctionnaires sont appelés à devenir des employés comme les autres, il faut compenser intégralement le risque de chômage qui fait irruption dans leur carrière, mais aussi les probables réductions d’effectifs qui interviendront dans certains secteurs de l’administration. En plus, renoncer à la sécurité de l’emploi à vie représente un sacrifice qui, aux yeux des auteurs, justifie le doublement des indemnités précitées. Au total et à titre d’exemple, le fonctionnaire de 30 ans qui gagne 2000 euros par mois reçoit, dès l’entrée en vigueur de la réforme, une somme de 12 000 euros. Il est libre ou non d’accepter ce contrat s’il est déjà en fonction, tandis que les nouveaux venus y sont automatiquement soumis.
    Au total, cette réforme coûterait 78 milliards d’euros en visant une réduction de 10% des effectifs sur dix ans. Les auteurs ne cachent pas qu’un des objectifs des contrats individuels compensant la perte de rente est de passer par-dessus les syndicats, dont l’opposition aux réformes est parfois devenue la principale raison d’exister.

    «La fin des privilèges – Payer pour réformer». Par Jacques Delpla et Charles Wyplosz. Ed. Telos/Hachette littérature. 216 p.

    DEBAT

    Que pensez-vous de ce principe? Personellement, je le trouve original et à priori efficace. Les suisses, comme souvent les anglo-saxons, ont une vision beaucoup plus pragmatique de la gestion d’un pays. En France, on a gardé une vision très émotive de notre relation à l’état et au bien public, peut-être est-ce un héritage de 1789? En tous cas, seule une approche plus froide et rationelle de nos difficultés nous permettra d’envisager l’avenir avec sérénité, même si cela passe par le rachat des privilèges, il en vaut le coup d’essayer.

    Laurent

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