Vidéo-surveillance n’est pas un mot à la mode. Non. Le mot à la mode c’est vidéo-protection. Puisque je vous dis que l’on ne vous surveille pas, on vous protège !!

Cela fait partie des éléments de langage à adopter lorsque vous voulez persuader vos administrés que dépenser 20.000 euros par caméra est un mal bien nécessaire. Et ne croyez pas que vous y échapperez, c’est Tonton Brice qui ne va pas être content sinon. Et vous savez combien un (ou plusieurs) auvergnat peut être relou si vous n’allez pas dans son sens.

Alors souriez, on vous protège !

La débat sur la vidéo-surveillance n’est pas récent. En France comme au Royaume-Uni la tentation est forte de faire vivre ses concitoyens sous l’oeil attentif de ces cyclopes panoptiques.

La France compte un peu plus de 20.000 caméras, installées dans 1500 communes, quand nos homologues britanniques en ont déjà installé 4,2 millions (une pour 15 habitants !). Georges Orwell étant anglais, il était bien naturel que les buveurs de Beamish, Guinness et autres Newcastle Brown Ale prennent les devant.

Avec le reflux gastro-sécuritaire actuel, tout laissait à penser que le question ne manquerait d’être évoquée au pays du pinard. Avec une prédisposition naturelle comme la sienne, Tonton Brice n’a pas laissé passer la main.

La France investira donc dans 40.000 caméras dans les années qui viennent dans le cadre du plan national de prévention de la délinquance. Enfin quand on dit la France, comprenez les collectivités, comprenez vous. N’est-ce pas vivifiant de se dire que vous financerez votre sécurité, vous même, avec vos impôts locaux ? Si ! Bien sûr.

Le coût de la vidéo-surveillance

Les Français sont pingres, c’est un truisme depuis longtemps relayé par nos hôtes étrangers. Nous rechignons à sortir nos beaux billets, les poches pleines d’oursins (je n’ai jamais eu d’oursin dans la poche et vous? Non plus? Je me demande d’où vient cette expression populaire) . Qu’en sera t-il pour nous auto-vidéo-protéger?

Le coût moyen d’une caméra est d’environ 20.000€ installation et paramétrage compris, le petit sapin qui sent bon en prime, c’est cadeau. Comme toute moyenne cela efface toutefois les disparités parfois marquées induites par les choix technologiques. Du simple au décuple.

L’investissement à consentir pour atteindre les objectifs fixés par tonton Brice et tata Michèle est donc de 800 millions d’euros, sans compter les frais de fonctionnement.

Cela en vaut-il la chandelle? [Pour satisfaire aux objectifs du Grenelle de l’environnement, je préconise de revenir aux chandelles pour l’éclairage de faible intensité]

Une efficacité  sujette à caution

Comme dans toute bataille de chiffres, chaque camp brandit avec fierté ceux qui l’arrange. D’un côté donc la Place Beauvau, short bleu parement blanc:

A Orléans, souvent qualifiée de « laboratoire UMP de la sécurité », la délinquance de voie publique, particulièrement impactée par la vidéoprotection, a chuté de 48,8 %

De l’autre côté Tanguy LeGoff, sociologue spécialisé sur la question citant

le responsable policier en charge de la vidéosurveillance à la Metropolitan Police de Londres, Mike Neuville, a déclaré que seuls 3 % des délits sur la voie publique ont été résolus grâce à la vidéosurveillance en 2006.

Si l’inspection générale de l’administration et l’inspection générale de la police nationale ont pu remettre un rapport « prouvant » l’efficacité de la vidé-surveillance (où comment garder son job), la méthode retenue était pour le moins peu scientifique, les approximations le disputant aux impasses.

Pour résumer les différentes positions

Les pros surveillance mettent en avant

  • une diminution de la délinquance de voirie, notamment routière
  • une diminution, voire disparition des atteintes aux bâtiments publics (tags notamment)
  • une efficacité notoire dans les lieux fermés, type parking
  • un retour sur investissement dû à la baisse des primes d’assurance
  • des interventions plus rapide en cas de rassemblements/bagarres

Les anti-surveillance quant à eux avancent

  • des effets plumeaux renvoyant la délinquance dans les zones non vidéo-surveillées
  • une inefficacité notable dans les lieux publics pour la délinquance dites d’impulsion (vol à l’arraché etc)
  • un coût prohibitif dès lors que l’on réintègre les frais de fonctionnement
  • une atteinte majeure à la liberté individuelle

Nous n’avons en France que peu de recul sur la question, à la différence des anglais qui dans la tradition anglo-saxonne de l’évaluation (dois-je préciser que nous serions bien inspirés de nous engager dans de telles études?) n’ont pas manqué de solliciter des résultats probatoires.

Le moins que l’on puisse dire est qu’en dépit d’études (Pdf en anglais) aux fondements et méthodes scientifiques autrement plus abouties que le rapport de l’IGPN, les résultats n’ont rien de glorieux pour la vidéo-surveillance. Pire, les caméras pourraient même induire des comportements de sous-vigilance, entraînant une augmentation de la délinquance de prédation !

La majorité des cas montrent des déplacements de délinquance et une modification des méthodes, tandis que les résultats « bruts » sont fortement hétérogènes entre zone « vidéo-surveillée » et zone test. L’efficacité dans les parkings semble par contre plutôt avérée.

Les transports, voir notamment le cas de Montréal, ne démontre l’efficacité que dans les « assaults » autrement dit les agressions. Pas d’évolution différenciée en ce qui concerne les vols ou la fraude.

Conclusion

La vidéo-surveillance n’est pas la panacée pour laquelle Tonton Brice voudrait la faire passer. Ses résultats sont scientifiquement discutables et pourtant empiriquement constatés dans des situations particulières. C’est tout l’intérêt d’un rapport sur les conditions d’efficacité et critères d’évaluation remis en 2008 par l’institut national des hautes études de sécurité que de rappeler la contingence environnemental des dispositifs.

Pour être efficace la vidéo-surveillance doit

  • Etre pensée dans un dispositif global de sécurité publique qui inclut le personnel patrouillant sur la voirie et les aménagements urbains (notamment configuration des lieux et éclairage public)
  • Etre monitorée pour permettre l’intervention rapide des forces de l’ordre
  • Etre localisée sur les périmètres les plus propices à un certain type de délinquance (notamment agression physique)
  • Etre évaluée correctement avant sa mise en oeuvre et durant celle-ci par référence à une ou plusieurs zones test.

Hors de ces cas il s’agit d’un gâchis d’argent public. Si l’investissement de départ n’est pas assez conséquent, le choix des périmètres mal définis, le réseau non ou insuffisamment monitoré et le dispositif non intégré à une réflexion globale sur les effectifs de sécurité et les aménagement urbains, mieux vaut laisser tomber.

L’affichage politique n’a jamais tenu lieu de réflexion fine et cohérente.

J’attends avec impatience le rendu de l’étude sur Saint-Ouen l’Aumône, Pontoise, Osny.

Pour compléter :