Il y a 7 ans de cela, le fantasque Serge Tchuruk annonçait ce qui semblait à l’époque complétement fou, et qui s’avère au final complétement raté, le rêve d’une entreprise sans usine.

7 ans après, Alcatel, depuis fusionné avec l’américain Lucent (2006), n’est plus que l’ombre de l’empire qu’il rêvait d’être. Entre grandeur et décadence, le parcours chaotique d’un rêveur qui fait assumer par les autres ses espoirs de grandeur.

Déjà alors 01net s’interrogeait « En transférant son savoir-faire manufacturier, Alcatel ne risque-t-il pas de faire naître de nouveaux concurrents mieux affûtés dans la maîtrise des coûts ? »

Deuxième groupe mondial poursuivi avec appétit par les petits derniers coréens notamment, la spécialisation sur les réseaux et les télécommunications voulu par Tchuruk n’a pas véritablement démontré une préscience économique des plus affutées. Ancienne CGE (Compagnie Générale d’Électricité), Alcatel était devenu au fil du temps un acteur majeur de par sa diversification d’activités (espace, nucléaire, transport,…).

Le choix d’un recentrage stratégique sur les télécommunications pile poil au moment où explosait la bulle s’avère au regard de l’histoire un choix des plus contestables, des plus contestés. Si la société possède toujours un quart de Thalès, la cession de ses activités spatiales, et auparavant nucléaires, nuit à sa santé. Une santé si chancelante qu’elle aiguise l’appétit de Dassault, 21% de Thalès cela ne se refuse pas.

Aujourd’hui Alcatel-Lucent annonce des pertes de plus d’1.1 milliards pour le seul dernier trimestre (le sixième trimestre de perte de suite, série en cours), un CA en baisse de 5% et la décision de démission de sa présidente et de son président « non-exécutif », Pat Russo et Serge Tchuruk.

7 ans après avoir rêvé un peu trop fort, Alcatel se trouve dans une position peu confortable, entre choix stratégique douteux, fusion « ratée » et environnement contraint.

Serge Tchuruk aurait pu emprunter la phrase d’un slammeur à la mode « marche doucement, car tu marche sur mes rêves« .

Dans le doux monde brutal de l’économie mondialisée, le rêve un peu inconscient de Tchuruk a été piétiné. Ne vous inquiétez pas pour lui, il avait touché près de 6 millions d’euros pour lâcher son poste de président exécutif, et touchait encore plus de 100.000 euros en jetons de présence. Lui n’aura pas de mal pour sa retraite. Tout va bien dans le meilleur des mondes, celui où l’on peut commettre des erreurs et n’en assumer aucun responsabilité.