Je viens de tomber par hasard sur une série que je ne connaissais pas, et dont je vais très rapidement oublier l’existence, mais pas sans vous faire partager le grand moment que constitue la scène finale de l’épisode. Le pitch ? Poppy se souvient toujours de tout, elle ne perd jamais ses clés et elle peut même se déplacer mentalement dans la scène qu’elle désire revoir. Cela donne l’occasion au responsable de la post-prod de se faire plaisir à facturer des incrustations qui ne servent à rien et aux fans de se pâmer doublement devant Poppy la rousse.

La voilà donc dans de trépidantes aventures, armée de sa seule mémoire et de sa plastique avantageuse.


En l’espèce et pour faire court, la jolie Poppy Montgomery et son collègue entrent dans un bâtiment où sont retenus des otages, aux mains de bien futés voleurs portant habits du FBI, pour tromper le quidam.

Sans un bruit, ou pas trop, et sans arme – tandis que les trois autres balaises se baladent avec de quoi reprendre à Daesh les territoires conquis – ils font alors deux groupes de un, situation classique de la stratégie militaro-téléviso-sériesque américaine qui veut que l’on soit plus fort seul qu’en groupe, afin de désarmer les méchants et sauver les gentils zotages.

Bref, tandis que son gentil copain, le toujours expressif Dylan Walsh, se défait d’un gros balaise armé avec l’aide d’un microscope sans éveiller les soupçons des deux autres molosses, Poppy-la-mémoire-d’éléphant se charge desdits deux autres.

Bon, jusque là hormis le subliminal message de prévalence de la science sur les armes qui constitue un vrai retournement civilisationnel aux États-Unis et l’appel non dissimulé à la prise de responsabilité des femmes qui se voient confiée la tâche de neutraliser deux gars, rien à redire.

Elle assomme le premier par surprise, allégorie de la supériorité de l’intelligence sur la force, à moins que ce ne soit une honteuse tentative de faire prévaloir la fourberie, on ne sait plus trop vu le nombre de niveaux de lecture qu’impose une oeuvre d’une telle richesse.

Le second prend alors peur et s’enfuit. Oui, devant une femme seule, pas particulièrement impressionnante et dont on ne comprend pas immédiatement qu’elle maîtrisât une quelconque forme d’art martial létal. Ne soyons pas inutilement taquins et mettons cette ellipse sur le compte de la fièvre qui s’empare alors du scénariste, certain de tenir dans ses mimines tremblotantes de quoi produire une scène d’anthologie.

Le couard, tel un Parthe, décoche alors une ultime flèche sous la forme d’une bombe enfermée dans un sac, qu’il jette négligemment avant de s’enfuir en véhicule par la porte de l’entrepôt. Dylan Walsh, opportunément arrivé sur les lieux, est chargé de poursuivre le mécréant et saute sur la margelle arrière du fourgon. L’équilibre est rétabli, il aura cabossé deux méchants et Poppy un seul.

Car Poppy est appelée à une plus grande destinée, celle de désamorcer une bombe, une vraie bombe. La mise en abyme est somptueuse, la bombe qui désamorce une bombe, quelle finesse, quelle imagination…

45 secondes. Est-ce suffisant quand il faut se rappeler comment une des protagonistes de l’épisode à fabriqué une bombe sous les yeux de la bombe Poppy ? Oui, tout juste. Enfin tout juste, le scénariste nous fait croire qu’elle ne réussit pas puisqu’elle débranche le bon fil mais rien ne semble s’arrêter mais si en fait après ça s’arrête, allez comprendre.

Mais (ahhhhhhhhhh) ce n’est pas le plus beau. Non, on peut encore faire mieux.

Revenons en arrière.

Sur un million de personne normalement constituées et mentalement équilibrées, combien vont tenter de désamorcer une bombe sans connaissance spécifique d’artificier, quand il suffirait de porter la bombe à 20 m de là, dans la cour de l’entrepôt, en passant par une porte déjà ouverte par laquelle le méchant vient de s’enfuir ? À priori 999.998, moins Poppy et le scénariste.

Bref, Unforgettable ? À oublier…